Angola, une lumière dans la nuit

17 Décembre 2013 | par

Sortir de vingt-sept ans de guerre civile n’est pas aisé. C’est une société toute entière qu’il faut reconstruire, sur des bases nouvelles. Mais l’Angola, du point de vue des banques, semble s’en être sortie : de 2002 jusqu’à ce jour, le PIB s’est accru de manière vertigineuse, de 6,8 % rien qu’en 2012. Mais le PIB peut bien s’envoler, la population n’en demeure pas moins embourbée dans la misère, loin des milliards qu’engendrent le pétrole et les diamants. Ainsi, dans l’ancienne colonie portugaise au bord de l’océan Atlantique au sud de l’Équateur, 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, alors que Luanda, la capitale, est la ville la plus chère au monde, selon les standards occidentaux (d’après le rapport de Mercer de juillet 2013).

 

C’est justement de l’extrême périphérie de Luanda qu’est parvenue à la Caritas Saint-Antoine une demande de soutien, de la part de Sœur Ana Severino Tehimuma, des sœurs de Saint-Joseph-du-Mexique. Nous sommes dans le quartier de Mulenvos de Baixo, une favela où vivent environ 600 000 personnes dans des conditions précaires, et à proximité d’une grande décharge qui rend l’air irrespirable. Les services essentiels comme l’eau, l’électricité et les évacuations n’existent quasiment pas, il y a juste une base médicale pour les traitements de première nécessité. Et les offres de travail sont elles aussi bien peu nombreuses, car au-delà de l’économie de « subsistance », le commerce – raconte Sœur Ana dans sa lettre – est aux mains des « Chinois, des Vietnamiens, des Brésiliens et des Portugais. L’influence de la globalisation est bien forte. La grande majorité des familles vit par conséquent de travaux non officiels, et ceux qui n’ont pas les moyens financiers de démarrer au moins une petite activité de revente sombrent facilement dans l’alcoolisme et autres vices. » C’est pour répondre à ces nécessités que les sœurs joséphiennes ont créé le Cepima, le Centre de formation et de promotion de la femme angolaise, qui tend à favoriser l’égalité des chances et des droits entre les hommes et les femmes. L’objectif pratique est de fournir des compétences à exploiter dans l’économie familiale et de produire des formes de microentreprises. Sœur Ana explique qu’elle est la directrice du centre : « Nous sommes convaincues que la clé du renouveau de la société se trouve parmi les femmes, capables de créer la vie, promotrices de formation pour elles-mêmes et les autres, base du progrès de leur famille et de la communauté toute entière ».

Il existe des locaux pour réaliser tout cela, et quelques cours – de cuisine, de pâtisserie, de couture – sont déjà donnés, mais pour l’alphabétisation et les enseignements à caractère technico-professionnel, il manque tout le nécessaire : des tables, des sièges, des tableaux, des machines à écrire, des ordinateurs, un projecteur, et… un générateur électrique, car sans électricité tous les appareils seraient inutilisables.

 

Des germes de bien

Le projet a tout de suite plu à la Caritas Saint-Antoine, mais avant de donner le feu vert au soutien financier, il faut déterminer les forces sur lesquelles la structure pourra compter pour avancer, une fois les activités débutées. Mais pas d’inquiétude à avoir, nous assure-t-on depuis l’Angola : en effet, en plus de la congrégation des sœurs de Saint-Joseph, la paroisse et le diocèse locaux seront également impliqués dans le projet, tout comme les autorités civiles qui ont donné leur feu vert à l’initiative. Enfin, on compte « sur les personnes qui bénéficieront du projet pour s’investir, dès que cela leur sera possible, dans le Centre », le bien qui sera semé, nous le savons, sera le germe d’un autre bien.

Ainsi, entre janvier et février 2013, le financement est envoyé de Padoue en deux versements, pour un total de 25 000 euros. Quelques soucis bureaucratiques et quelques difficultés avec les électriciens pour la gestion de l’installation créent du retard, par conséquent ce n’est qu’en juillet que Sœur Ana envoie une nouvelle lettre, pleine de gratitude pour la « gentille générosité » de ceux qui, par le biais de la Caritas Saint-Antoine, ont soutenu le projet. Au Cepima, raconte la religieuse, de nombreux cours ont démarré, et sont suivis principalement par des femmes, « qui représentent la majorité de la population avec des opportunités très limitées de formation intellectuelle, technique et pratique. Mais quelques hommes également participent aux leçons de cuisine et de pâtisserie, puis il y a un grand groupe d’enfants qui n’ont pas la possibilité d’accéder à l’école traditionnelle ». Toutefois, tout n’a pas encore été réalisé, précise la directrice. « Nous devons encore installer la protection du générateur, monter une partie de l’équipement dans la salle des ordinateurs, débuter les cours de dactylographie, mais nous pensons pouvoir le faire sous peu. »

Quoi qu’il en soit, le générateur fonctionne, il est même devenu un symbole de vie pour le quartier, une lumière dans la nuit. Ce n’est pas seulement une métaphore, comme l’explique Sœur Ana : « Les principaux bénéficiaires de l’aide de la Caritas Saint-Antoine ont été les étudiants et étudiantes des cours d’alphabétisation. Grâce à l’énergie électrique, on peut débuter les leçons à 6 heures du matin, lorsqu’il fait encore nuit, et on poursuit jusqu’au soir. Cela profite aussi aux gens du coin qui se sentent plus protégés du danger des voleurs, qui profitent de l’obscurité pour voler les passants, voire pour les tuer ». Offrir l’instruction, parfois, signifie vraiment apporter la lumière.

 

Updated on 06 Octobre 2016