Claire d'Assise et l'audace de la joie

22 Juillet 2004 | par

Claire d'Assise a quitté notre monde le 11 août 1253. Depuis les Rameaux 2003, durant toute une année, les Clarisses et les familles franciscaines ont évoqué de différentes manières cet anniversaire. En Suisse, les célébrations ont revêtu un air exceptionnel de fête. Adultes, personnes âgées, jeunes et enfants : tous les âges y étaient représentés ; en plus des Valaisans, majoritairement présents, des ressortissants d'autres cantons suisses, surtout de la Suisse romande, ont pris part à la fête ; la France voisine, l'Italie et la Belgique étaient, elles aussi, bien représentés ; religieuses et religieux avaient également répondu au rendez-vous et la grande salle du collège de l'abbaye des Chanoines de Saint-Maurice était comble.
Diapositives, icônes, chants accompagnés à la guitare par le capucin auteur-compositeur, Pierre Domergue, textes de sainte Claire, témoignages, théâtre... ont voulu souligner, chacun à leur manière l'essentiel de son message, autour du thème : Sainte Claire, l'audace de la joie . Une audace qui a marqué toute l'existence de la jeune fille d'Assise qui a voulu suivre, pauvre, le Christ pauvre. Une audace aussi habitée de la joie ineffable qu'elle a puisée dans son attachement au Seigneur Jésus. D'où d'ailleurs, on s'en rend compte encore aujourd'hui, rien, ni personne n'a eu raison de sa détermination à vivre sa vocation, comme on le pouvait entendre à travers les témoignages qui se sont succédé.
Par François d'Assise, a indiqué Brigitte Gobbé, animatrice de la famille franciscaine de Suisse romande, sainte Claire a trouvé une voie nouvelle pour incarner d'une manière spécifique son projet de vie évangélique. Elle peut nous encourager à ne pas avoir peur de nos convictions et à oser choisir, en acceptant les ruptures inhérentes à nos décisions. Elle incarne la manière de vivre audacieusement avec nos contemporains. A son exemple, nous sommes invités à trouver des voies nouvelles dans tous les domaines de la pensée et de l'agir. Partant ensuite, de la  société moderne dominée par la recherche du profit, la maîtrise de l'univers et l'épanouissement personnel, Brigitte Gobbé a aussi invité participants à suivre l'Evangile, le seul chemin qui permet de résister aux événements qui surviennent sans que nous ayons la moindre maîtrise sur eux. Et sainte Claire nous montre ainsi qu'adhérer à la personne du Christ et à l'homme, ne contredit en rien la revendication légitime des chrétiens, à savoir leur épanouissement et leur  bonheur de devenir eux-mêmes.

Signe de liberté
Grâce à un récit où alternaient diapositives et textes chargés de sens, les participants ont d'abord pu découvrir les aspects fondamentaux de l'existence de sainte Claire.  Sa famille noble, les Offreduccio, qui réside sur la place de la cathédrale Saint-Rufin, à Assise ; sa rencontre avec François, qui se dépouille de ses vêtements devant l'évêque d'Assise, en signe de liberté et de pauvreté radicales et dont l'exemple fait mûrir l'appel que Claire porte en elle, un soir du dimanche des Rameaux 1211 ; sa fuite par une porte dérobée du château pour rejoindre François et ses Frères dans l'église de Sainte-Marie des Anges de la Portioncule, où elle se consacre à Dieu ; son installation à l'ermitage de Saint-Damien où la rejoignent ses premières compagnes ; sa détermination à protéger ses sœurs des Sarrazins et à obtenir du pape, sur son lit de mort, le privilège de la pauvreté qui consiste à n'avoir aucun bien, aucune sécurité, aucune protection.
Ce sont là les faits qui ont marqué la vie de Claire et qui ont illustré sa détermination.  Elle a résisté à sa famille et l'a quittée en ce XIIIe siècle, où une femme noble n'avait aucune liberté de mouvement. Elle a résisté aux brigands qui menaçaient le monastère de Saint-Damien, hors des remparts d'Assise, et... au pape lui-même, afin d'obtenir le privilège de la pauvreté absolue.
 
Claire, femme de paix et de joie
Sa vie, Claire l'a aussi consacrée à la lutte contre la violence. Et le Frère Antonin Alis, capucin, de lire l'épisode raconté par Thomas de Celano, premier biographe de sainte Claire, qui raconte comment lorsque les Sarrasins menaçaient  le monastère, Claire, malade, se fait transporter par ses sœurs et leur fit face en montrant l'ostensoir avec le Saint-Sacrement. Epouvantés, les soldats avaient pris la fuite. 
Une icône de saint François, réalisée en trois ans au monastère des Clarisses de la Grand-Part de Jongny (Vevey), par un groupe d'iconographes, a illustré, en cinq épisodes de la vie du saint, le chemin qui a amené Claire à la connaissance de soi et à la véritable dépossession,  au travers le regard qu'elle portait sur François :
- un François qui se dépouille de ses vêtements : événement fondateur de la vocation de Claire ;
- un François qui embrasse et soigne un lépreux, en qui il voit le Christ : signe de choix des plus pauvres ;
- la crèche vivante aménagée par François qui fait réaliser à Claire la stupéfiante pauvreté de Dieu et la joie inouïe qu'il procure aux hommes de pouvoir porter, chérir et nourrir celui qui contient l'univers ;
- les stigmates de François qui invitent Claire à se transformer à l'image de Dieu pour partager sa joie ;
- enfin un François mort qui repose nu à même le sol, un symbole fort qui enlève à la mort toute emprise sur celui qui ne possède rien et qui emplit Claire d'une joie d'essence inconnue .

Exhortation à la conversion
L'après-midi, la Compagnie parisienne Francesco Agnello a fait retentir, dans l'aula du Théâtre des Marthollet du Collège de l'abbaye des Chanoines de Saint-Maurice, de percussions, accompagnées de textes tirés des Fioretti de saint François. Le spectacle, L'extraordinaire François d'Assise, a présenté plusieurs épisodes de la vie du Poverello et de ses compagnons dont : le loup de Gubbio, la guérison d'un lépreux, le repas de Claire et de François à Sainte-Marie des Anges et, en guise de conclusion, le Cantique des créatures. Autant de scènes, romancées, mais visant l'exhortation à la conversion.
La messe, présidée par Mgr Joseph Roduit, à l'Abbaye des Chanoines de Saint-Augustin, a clôturé les festivités. Le Frère Pierre Domergue, le Chœur des jeunes de Notre-Dame de Lausanne, ont assuré l'animation de l'office. Dans son homélie, l'abbé Marc Donzé a insisté sur la relation entre sainte Claire et saint François. Claire, a-t-il souligné, dans son sens de l'absolu, fut séduite par François mais aussi par ce que Dieu lui présentait à travers la présence et la médiation de François. Avec lui, elle a pu échapper aux déterminismes sociaux, pour réaliser ce qu'elle portait au plus profond d'elle-même. Le prêtre a aussi expliqué l'admirable échange du masculin et du féminin qu'ont réalisé les deux figures franciscaines : L'élan poétique et chevaleresque de François, dit-il, était nécessaire à Claire.  Celle-ci avait besoin de ses intuitions, de ses audaces, de ses originalités pour élargir l'espace de sa tente et le défendre ; mais la ferme et belle douceur de Claire, dans la constance et la paix, était aussi nécessaire à François.


Témoignages

Parmi les nombreux témoignages qui ont marqué la célébration du 750e anniversaire de sainte Claire, nous avons retenu celui d'un jeune franciscain et d'une Clarisse.

Samuel Pellissier : pour un monde plus juste et plus fraternel
Pour Samuel Pellissier,  l'audace de Sainte Claire, thème de la journée, serait un mot vide s'il n'était pas traduit en actes concrets. Le jeune Valaisan a montré qu'il est engagé au service d'un monde plus juste, plus fraternel. A son avis, la globalisation doit inclure l'amour et le partage. Partant de son implication en tant que chrétien, il a donné un exemple de ce qui le caractérise comme membre de la famille franciscaine et ami de Claire. L'année passée, a-t-il rappelé, je me suis rendu à la manifestation organisée à l'occasion du sommet du G8. J'étais allé avec une pancarte sur laquelle j'avais écrit le slogan : Plus de justice, plus de paix, plus d'égalité. Avec mon mégaphone, je criais aussi très fort : Suivez Jésus, le Maître de la paix ! J'avoue ne pas avoir apprécié les manifestants qui étaient violents dans leurs revendications. A mon avis, faire parler la violence n'a jamais amené du positif.

Sœur Marie Gabrielle : la terre, un cadeau de Dieu
Sœur Marie Gabrielle, abbesse du Monastère de la Grand-Part de Jongny (Vevey), est revenue sur  l'appel de sainte Claire et de saint François  qui invitent aujourd'hui à créer une atmosphère de joie. La terre qui nous a été donnée n'est pas à déchirer, dit-elle. Le monde contemporain doit la prendre comme un cadeau de Dieu à partager en toute fraternité et non une possession. Ecrivant à Agnès de Prague, sainte Claire lui dit : Je suis très heureuse de ce que tu aies réussi mieux que moi. Et elle explique cette attitude comme un véritable esprit de pauvreté qui a toujours caractérisé la vie de sainte Claire. Cela est aussi une preuve de désapropriation, dit-elle, dont le monde compétitif d'aujourd'hui pourrait s'inspirer pour retrouver la joie qui lui manque, faute d'accepter que l'autre soit meilleur que nous-mêmes.

 

 

Updated on 06 Octobre 2016