Février, le mois de la Fête de la Langue

■ Traditionnellement célébrée le troisième dimanche de février, la fête de la langue témoigne d’une profonde dévotion populaire.
15 Février 2026 | par

Bien des visiteurs qui arrivent à Padoue sont étonnés, voire choqués, d’entendre parler de la langue de saint Antoine. Quant à célébrer cette langue, appartenant à une personne morte il y a plus de 800 ans, la surprise ne manque pas de susciter la curiosité ! 

Aux origines de la fête
L’intérêt pour la langue de saint Antoine remonte à un évènement historique bien précis qui eut lieu le 8 avril 1263. Ce jour-là, il était prévu que le corps de saint Antoine soit déplacé de la petite église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu, l’actuelle Chapelle de la Vierge Noire, dans la Basilique nouvellement construite à ses côtés. Comme le voulait la coutume, une reconnaissance officielle des restes mortels du saint était prévue avant de déplacer le cercueil. Il fallait vérifier la présence du corps et son état. Cette opération était présidée par le ministre général de l’Ordre des Frères Mineurs, saint Bonaventure de Bagnoregio. À sa grande surprise et à celle des personnes autour de lui, il put constater que le corps était désormais décomposé, mais que la langue était intacte, entière et souple, comme celle d’une personne vivante. Trente-deux ans s’étaient déjà écoulés depuis la mort d’Antoine. Selon toute logique, le muscle aurait dû se décomposer. Profondément impressionné, saint Bonaventure prononça alors les mots dont on garde encore la mémoire aujourd’hui : « Ô langue bénie qui as toujours béni le Seigneur et qui as fait en sorte que d’autres le bénissent, il est maintenant évident que tu as acquis de grands mérites devant Dieu ».
L’aspect de la langue fut interprété comme un signe divin en raison de l’extraordinaire capacité de prédication de saint Antoine, déjà connu de ses contemporains pour son éloquence, la clarté et la force spirituelle de ses paroles, capables de parler aux foules et de susciter de profondes conversions.
Au cours des siècles suivants, d’autres examens des reliques de saint Antoine ont été effectués, notamment en 1981 et 2010. C’est cependant l’épisode du 15 février 1350 qui donna à la célébration sa date emblématique. 
L’historien Gonzati s’y réfère en ces termes : « Le 15 février 1350 eut lieu une autre translation du corps de saint Antoine, effectuée par le cardinal Gui de Boulogne, archevêque de Lyon […] qui, guéri d’une maladie mortelle grâce à l’intercession d’Antoine, voulut se rendre à Padoue pour remercier son libérateur. Il y arriva en 1350, lorsque l’embellissement de la chapelle déjà construite en l’honneur du saint fut achevé, et l’on pensa à la consacrer en y déposant plus dignement les reliques sacrées. […] Le 15 février était le jour prévu pour la grande fête. Ce jour-là, le cardinal, vêtu de ses habits pontificaux, ouvrit l’Arche sainte et en retira de ses mains le menton, qu’il déposa dans un magnifique buste en argent préparé à cet effet, y ajoutant l’os du bras appelé radius. Il plaça le reste des reliques sacrées dans de petites urnes en argent, qu’il déposa dans l’Arche de marbre qui forme la table de l’autel sacré. » 
C’est précisément de cette reconnaissance que naîtra la fête traditionnelle appelée « Translation des reliques du saint, populairement connue sous le nom de « Fête de la Langue », qui n’est pas célébrée le 8 avril, le jour de sa découverte par saint Bonaventure, mais précisément le 15 février.

Une fête très ancrée dans la dévotion antonienne
La Fête de la Langue occupe une place centrale dans la vie religieuse de la Basilique. Il s’agit de la deuxième fête antonienne en importance après la solennité du 13 juin. Elle est célébrée le 3e dimanche de février. Ce jour-là, une procession a lieu à la fin de la célébration solennelle de l’après-midi. C’est l’une des rares processions qui se déroulent solennellement à l’intérieur de la Basilique, contrairement à la grande procession du 13 juin qui se déploie dans les rues de la ville.
Franco, qui s’y rend en famille depuis plus de 70 ans, est toujours aussi impressionné par le nombre de participants. « Nous, les fidèles et les dévots, nous restons dans la nef pendant la procession, mais il y a tant de frères, de membres du clergé, d’associations et d’ordres religieux avec leurs bannières, que le début de la procession a eu le temps de faire le grand tour de la Basilique alors que les derniers n’en sont qu’au début. »
À la fin du XIXe siècle, mes grands-
parents faisaient 12 kilomètres à pied pour s’y rendre ; et autant pour en revenir. Ce n’est pas une simple tradition de famille, c’est une parenthèse qui permet de rendre grâce à Antoine pour ce que l’on a reçu. À Padoue, nous sommes nombreux à vivre cette fête comme un moment de profonde dévotion. Aucune promotion n’est faite autour de cette célébration, mais nous savons qu’elle a lieu. » Rendez-vous pris pour ce mois-ci ! ■

Updated on 15 Février 2026
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