La Custodie franciscaine de Terre Sainte

17 Avril 2014 | par

Depuis bientôt 800 ans, les Franciscains de la Custodie vivent auprès des Lieux saints. Seuls chrétiens occidentaux autorisés à vivre dans le pays jusqu’en 1830, ils ont développé quantité d’œuvres au service des populations et spécialement la communauté chrétienne locale. Des œuvres qui perdurent aujourd’hui.



Quand saint Antoine entrait chez les Frères Mineurs en 1220, saint François revenait de la Province de Terre Sainte qu’il appelait « la perle des missions ». Elle avait été créée en 1217 par le chapitre de l’ordre. C’est durant ce séjour que le Petit Pauvre d’Assise rencontra en Égypte le sultan Al-Mālik al-Kāmil et qu’il obtint de lui le droit pour ses frères de s’installer en Terre Sainte pourtant interdite aux chrétiens occidentaux depuis 1187 avec la reprise de Jérusalem par les musulmans.

Si les premiers religieux arrivèrent dès 1229, leur présence n’est continue en Terre Sainte que depuis 1296 et leur établissement définitif à Jérusalem n’est certain qu’à partir de 1333. Cette année-là, Robert d’Anjou et son épouse Sanche de Majorque firent l’acquisition du Cénacle auprès du sultan mamelouk d’Égypte, Al-Nāsir Muhammad, et obtinrent aux religieux le droit d’officier de façon permanente au Saint-Sépulcre.

En 1342, le pape Clément VI faisait des Franciscains, au nom de l’Église catholique, les gardiens, (custodes en italien), des Lieux saints. La Custodie de Terre Sainte était née.

Les Franciscains vécurent avec et au service des populations locales porteurs des valeurs évangéliques. Ils ne se contentèrent pas de prier sur les Lieux saints, ils s’investirent dans tous les domaines pour le service des populations, et parmi elles spécialement la communauté chrétienne minoritaire, pauvre et discriminée. Les religieux vivaient de dons qu’ils recevaient de toute

l’Europe catholique.

Une triple mission

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De nos jours, le territoire d’action de la Custodie de Terre Sainte s’étend sur Israël, la Palestine, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Égypte, Chypre et Rhodes. Quelque 300 religieux d’une trentaine de nationalités, aidés d’une centaine de religieuses, poursuivent l’œuvre initiée par leurs prédécesseurs.

La mission des franciscains de la Custodie est triple : prière sur les Lieux saints, accueil des pèlerins, service de la communauté locale. La prière sur les Lieux saints et l’accueil des pèlerins constituent la partie la plus visible de la mission franciscaine en Terre Sainte. Chaque fête est célébrée de façon solennelle dans les différents sanctuaires, offrant ainsi une liturgie itinérante à l’exemple de celle des premiers pèlerins dans le pays de Jésus.

Ordre missionnaire, les Franciscains se doivent de vivre selon l’Évangile et de l’annoncer. Ils le font en premier lieu en direction de la communauté locale chrétienne de rite romain, appelé en Terre Sainte « rite latin ». Ils administrent ainsi 29 paroisses, parmi lesquelles les trois plus grandes : Jérusalem, Bethléem et Nazareth. Jusqu’à la réouverture par Rome d’un patriarcat, en 1847, les franciscains assumaient seuls ce rôle pour les fidèles de rite latin.

Outre le service apporté aux fidèles arabes chrétiens de la région, de nouveaux défis sont apparus au cours des dernières décennies, auxquels la Custodie a répondu en investissant des énergies nouvelles. Il s’agit de la présence des fidèles catholiques d’expression hébraïque et de celle des migrants, en particulier des catholiques originaires des Philippines, d’Inde ou d’Afrique.

 

Auprès des « pierres vivantes »

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Le champ d’action le moins connu de la Custodie est celui de ses œuvres à caractère social : écoles, ateliers artisanaux, maisons de retraite pour personnes âgées, etc. Les pèlerins de Terre Sainte ignorent le plus souvent, à défaut de le rencontrer, cet ancrage dans la réalité d’une société en mouvement, et l’engagement des frères en faveur des couches sociales les plus défavorisées de la population, chrétienne et non chrétienne. Pour la Custodie, être gardienne des Lieux saints, ce n’est pas seulement conserver les sanctuaires, mais également préserver les « pierres vivantes », c’est-à-dire les communautés locales chrétiennes.

Aussi la Custodie s’attache-t-elle à la formation culturelle des jeunes chrétiens. Elle dispose d’écoles et de collèges performants et réputés, ouverts à tous sans distinction de religion, de nationalité et d’origine. Ces écoles sont établies en Israël, en Palestine, en Jordanie, à Chypre et au Liban. Depuis 1995, la Custodie a également ouvert un conservatoire de musique. Parmi les étudiants et les enseignants, on trouve des juifs, des musulmans et des chrétiens de toutes les confessions, unis dans une même passion pour la musique et le chant.

Enfin, les Franciscains ont toujours eu à cœur de connaître et de faire connaître ces lieux qu’ils servent et où ils vivent. Ils ont donc voulu donner à lire, à voir et à comprendre ce que le pape Paul VI qualifiait de « cinquième évangile ». C’est ce désir qui les a poussés vers de nouveaux horizons, ceux de la recherche scientifique et de la communication.

En 1847, ils ouvraient une imprimerie, afin de « diffuser le message de la Terre Sainte ». Dès 1996, ils inauguraient leur premier site Internet et en 2008, un département vidéo qui produit chaque semaine un télé journal, retransmis par la chaîne KTO.

La Custodie de Terre sainte n’a pas encore épuisé le champ des possibles de son action. Le dernier de ses projets est l’ouverture à Jérusalem de trois musées – archéologique, multimédia et du patrimoine – pour retracer le caractère chrétien de la ville de Jérusalem, partie intégrante de son identité. n

 

Plus d’informations : http://fr.custodia.org

*Marie-Armelle Beaulieu est la rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine

 

Clément évêque, Aux bien-aimés fils, le Ministre Général et le Ministre de la Terre de Labeur de l’Ordre des Frères Mineurs. On « nous a supplié humblement d’intervenir avec notre autorité apostolique afin de pourvoir aux besoins [des] Lieux Saints par l’envoi de frères dévoués […] Par le moyen de la présente, nous accordons à tous et à chacun de vous pleine et libre faculté d’appeler, maintenant et dans l’avenir, en votre présence, au nom de l’autorité apostolique et sur la demande des roi et reine susmentionnés1, après avoir entendu l’avis des conseillers de votre Ordre, des frères capables et dévoués. »

Constitution juridique de la Custodie de Terre Sainte

Extrait de la bulle du pape Clément VI, donnée

en Avignon

le 21 novembre 1342

 

1Robert d’Anjou,

roi de Naples,

et son épouse Sanche,

reine de Sicile

 

 

 

 

 

Updated on 06 Octobre 2016