La langue

23 Mai 2005 | par

La Parole de Dieu

Quand nous mettons aux chevaux un mors dans la bouche, pour nous faire obéir, nous dirigeons tout leur corps. Voyez encore les vaisseaux : si grands qu’ils soient, même poussés par des vents violents, ils sont dirigés par un tout petit gouvernail, au gré du pilote. 
De même la langue est un membre minuscule et peut se glorifier de grandes choses ! Voyez quel petit feu embrase une immense forêt : la langue aussi est un feu. C’est le monde du mal, cette langue placée parmi nos membres ; elle souille tout le corps ; elle enflamme le cycle de notre existence (Jc 3, 3-6).

 

La Parole de saint Antoine

La nature elle-même a enfermé en quelque sorte la langue sous une double porte, afin qu’elle n’erre pas au hasard. La nature, en effet, a placé devant la langue deux sortes de portes, les dents et les lèvres, pour montrer que la parole ne doit sortir qu’avec grande prudence. Avait fermé rigoureusement ces deux portes Job qui disait : « J’ai établi une garde à ma bouche et une porte à mes lèvres. » Il faut se garder non seulement des paroles inconvenantes, mais aussi des situations dans lesquelles nous pourrions parler de manière illicite. Il y en a, par exemple, qui se gardent bien de dénigrer quelqu’un publiquement, mais le font sous forme de louange.
Fais bien attention : nous devons fermer, non seulement la porte des dents, mais aussi celle des lèvres. Ferme la porte des dents et des lèvres celui qui évite soit la calomnie soit la flatterie. Mais la langue, feu qui embrase “la forêt des vertus”, et qui enflamme le cours de notre naissance, brise la première et la deuxième porte et, telle une prostituée, elle sort sur les places, bavarde et légère, in-
capable de repos, semant partout le trouble.

 

Pour aller plus loin

Nous le savons bien ! Notre langue est parfois indomptable comme un cheval ou ingouvernable comme un vaisseau dans la tempête ; d’autres fois, elle est un feu qui enflamme tout autour d’elle et, tel un poison, elle apporte la mort à nos relations. Elle le fait par la médisance, la diffamation, l’injure, la détraction, la calomnie, comportements qui viennent, rappelle saint Antoine, de l’envie qui nous rend jaloux et opprimés par le bonheur d’autrui.
Parmi ces comportements, les plus dangereux sont certainement la calomnie et la diffamation.
« La langue du détracteur, écrit saint Antoine, est un glaive à trois tranchants ; d’un seul coup, elle tue trois  personnes : le calomniateur, celui qui l’écoute et celui que l’on calomnie, lorsque la calomnie parvient à ses oreilles. A son tour, la diffamation est comme un venin de serpent et un poison de vipère, incurable : venimeuse, elle intoxique les esprits de ceux qui écoutent et brise les vertus de celui dont on parle.
Homme parfait est, au contraire, celui qui ne commet pas d’écart de paroles et utilise sa langue pour bénir le Seigneur. C’est ainsi qu’a agi saint Antoine. Devant sa langue conservée intacte, saint Bonaventure a pu s’exclamer : « O langue bénie, qui as toujours béni le Seigneur et as appris aux autres à le bénir, il apparaît maintenant quels mérites tu as acquis devant le Seigneur. »

 

Updated on 06 Octobre 2016