Le Musée du Désert

01 Janvier 1900 | par

Nous sommes dans le département du Gard. A 46 kilomètres au nord-ouest de Nîmes. Anduze, construite en amphithéâtre au pied de la montagne de Saint-Julien et sur la rive droite du Gardon, commande une cluse profonde. Elle est la Porte des Cévennes, cette région cristalline qui constitue la bordure orientale du Massif Central, entre les sources de l’Ardèche et celles de l’Hérault. Et où, c’est une parenthèse, a été ouvert en 1970 un très beau parc national de quelque 91 500 hectares.

Notre rendez-vous avec les Cévennes a une tout autre raison. En ce mois d’avril, où est célébré le quatrième centenaire de l’Edit de Nantes, il nous a paru opportun de venir sur cette terre cévenole qui a tant souffert, surtout après la Révocation de l’Edit par Louis XIV en 1685. Un des rares à ne pas avoir applaudi à cette décision, Vauban, dira : Les rois sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets, mais jamais de leurs opinions parce que les sentiments intérieurs sont hors de leur puissance.

 

A Anduze, dès 1557

Arrêtons-nous à Anduze. Le calvinisme pénétra dans cette pittoresque petite ville en 1557 et y fit de rapides progrès, tant et si bien qu’en 1579 elle fut choisie comme siège de l’Assemblée générale des protestants du Bas-Languedoc. La ville, que l’on appelle la Genève des Cévennes, est entièrement convertie à la religion réformée. La lutte religieuse qui s’était calmée reprend après la mort d’Henri IV, en 1610. Anduze devient le centre de résistance du grand chef protestant, le duc de Rohan, qui consolide les remparts et fait construire des forts sur les hauteurs. Quand, en 1629, Louis XIII et Richelieu mènent les expéditions du Languedoc, ils préfèrent attaquer Alès qui capitule. Anduze ne subit aucun siège mais, une fois la Paix d’Alès signée, en cette même année 1629, elle est démantelée comme toutes les autres places fortes protestantes.

Seule, la tour de l’Horloge échappe aux démolisseurs. Située sur la place allongée de l’ancien château, elle date de 1320. Nous pouvons la voir aujourd’hui. Comme, non loin, le temple protestant à l’austère façade, construit en 1823 sur l’emplacement d’anciennes casernes. Flânons. Les ruelles étroites, tortueuses sont amusantes à parcourir. Sur une place, voici une halle et une curieuse fontaine pagode dont les tuiles vernissées ont été réalisées en 1649 par les céramistes d’Anduze.

A quelques kilomètres au nord d’Anduze, dominant le Gardon, nous découvrons Le Mas Soubeyran. Quelques maisons, serrées les unes contre les autres, couvrent le petit plateau entouré de montagnes. Le paysage est âpre, sévère. Nous sommes dans un haut-lieu du protestantisme. Le Musée du Désert qui y a été créé en 1910 est là pour en témoigner.

 

Le Désert et son Musée

Ce Musée du Désert, pour lequel nous sommes venus dans les Cévennes, a, en effet, été ouvert en 1910 dans la maison natale de Pierre Laporte, surnommé Roland, chef camisard abattu en 1704, maison qu’avait acquise la Société de l’Histoire du Protestantisme français. Dans cette bâtisse paysanne imbriquée dans le hameau, deux historiens du protestantisme, Frank Puaux et Edmond Hugues, rassemblèrent des collections d’objets, de tableaux, de livres, de papiers, que devait développer par la suite Pierre Edmond Hugues, pour constituer un Musée qui serait digne de l’époque du Désert.

Pourquoi le Désert ? La réponse nous est donnée dans la plaquette : Le Musée du Désert. Une mémoire protestante . Lisons : Dans l’histoire du protestantisme français, l’expression définit une période qui va de la Révocation de l’Edit de Nantes (1685) à l’Edit de Tolérance (1787). Privés de la liberté par la Révocation, c’est loin des villes, au désert, dans les bois, les garrigues, des endroits cachés que les protestants de France – en Cévennes, mais aussi en Bas-Languedoc, en Vivarais et en Dauphiné – furent contraints de vivre leur vie religieuse. Cependant, pour eux, ce mot de Désert ne désignait pas simplement la réalité physique du rejet qu’ils subissaient : il était imprégné de réminiscences bibliques ; quarante années durant, les Hébreux de l’Exode avaient erré dans le désert, lieu de tribulations, de tentations et de désespoirs, mais aussi lieu où s’était fait entendre la parole de l’Eternel.

Au XVIe siècle, le protestantisme pénètre en France. Il est calviniste : c’est Calvin, le réformateur de Genève, qui a façonné et organisé entre 1545 et 1564 le renouveau spirituel venu d’Allemagne et de Suisse. Il est minoritaire. Ses progrès, rapides au départ, se sont heurtés à l’hostilité de la Cour et de l’Eglise. Le Massacre de la Saint-Barthélémy a lieu le 24 août 1572 ! Il est principalement méridional, refoulé qu’il est vers la périphérie du territoire, où il est plus loin du pouvoir, plus à distance des pôles de répression.

Cependant, les Huguenots, nom que l’on donnait aux protestants en France, et dont ils ne répugnaient pas à se servir, connurent plusieurs décennies d’accalmie. Grâce en particulier à l’Edit de Nantes qui leur accordait la liberté de conscience et, dans certaines limites, la liberté de culte. Aucun temple n’était toléré dans les grandes villes, seulement dans leurs faubourgs. Les Huguenots de Paris n’avaient de temple qu’à Charenton !

Il faut se souvenir de ces événements pour revivre ceux qui vont suivre et qui nous sont rapportés par une présentation audiovisuelle : la période du Désert, la guerre des Camisards, la répression et la résistance, la vie quotidienne dans la clandestinité, la longue marche vers la liberté de conscience jusqu’à la Révolution.

 

Une période tragique revit

A travers les quinze salles du Musée du Désert, un épisode tragique de notre Histoire nous est rendu dans son cadre. Nous retrouvons ainsi un mobilier cévenol et des objets familiers du XVIIIe siècle, des armes et des cartes de la guerre des Cévennes, des affiches du pouvoir royal, des chaires, des coupes de la Sainte Cène, des actes de naissance et de mariage du Désert. Ici, une veillée cévenole est parfaitement reconstituée. Là, nous sommes éblouis par le remarquable ensemble de Bibles et psautiers réunis en ce Musée. Nous nous arrêtons devant les cachettes des hommes traqués et des livres interdits. Les hommes traqués, c’étaient les Camisards , les Huguenots qui, dans les actions de nuit revêtaient leurs chemises blanches pour se reconnaître entre eux dans l’obscurité. D’où leur surnom. C’étaient des gens du peuple, paysans, tisserands, cardeurs de laine, de jeunes gens pour la plupart. Ils ne furent jamais que 1 500 à 2 000 qui, de 1702 à 1704, tinrent en échec les 25 000 ou 30 000 soldats des troupes royales.

Le Musée contient aussi une importante collection de tableaux et de gravures. On y voit des scènes des dragonnades qui se multiplièrent après la Révocation. On voit une toile de Max Leenhardt, le Départ pour l’exil. Ils furent 250 000 à partir vers la Suisse, la Prusse et la Hesse, la Hollande, l’Angleterre... De Jeanne Lombard, le tableau consacré aux Prisonnières de la Tour de Constance nous rappelle que les femmes qui, malgré l’interdiction, se réunissaient, si elles étaient prises, se retrouvaient en prison. La Tour de Constance était une des prisons, à Aigues-Mortes. Les hommes, eux, étaient envoyés aux galères. Ils furent ainsi 2 500 galériens protestants en Méditerranée.

Cette visite, nous allons la terminer en lisant le texte que nous trouvons aux dernières pages de la plaquette Le Musée du Désert. Une mémoire protestante : L’histoire du Désert pourrait être lue comme un récit de persécutions, le Musée du Désert visité comme un jardin des supplices. Ce serait, dans la lecture ou la visite, s’en tenir à la surface des événements. Les souffrances du Désert n’ont de sens qu’en tant que révélateurs d’une vérité plus profonde : la résistance des protestants dans leur fidélité au message spirituel de la Réforme.

Chaque année, le premier dimanche de septembre, sous les chênes et châtaigniers du Mas-Soubeyran, les Assemblées du Désert réunissent plusieurs milliers de fidèles dans la continuité des Assemblées d’autrefois.

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Musée du Désert, Le Mas Soubeyran - 30140 Mialet. Tél.: 04 66 85 02 72 - Fax : 04 66 85 00 02. Ouvert tous les jours du 1er mars au 30 novembre : de 9h 30 à 12h et de 14h 30 à 18h (du 1er juillet au 1er dimanche de septembre : ouverture permanente de 9h 30 à 18h 30).

Updated on 06 Octobre 2016