L’orgue venu du Moyen Âge

Dans la basilique de Valère (Suisse), se trouve le plus ancien orgue encore jouable du monde. Construit au XVe siècle, il est l’un des rares instruments médiévaux à avoir conservé une partie de ses éléments d’origine et témoigne de la musique de l'époque.
27 Septembre 2026 | par

Perchée sur l’une des deux collines qui dominent Sion, la basilique de Valère est l’un des monuments les plus emblématiques du Valais. Ancienne église des chanoines, elle fait partie d’un ensemble fortifié qui surplombe la vieille ville. Sur la tribune de la basilique se trouve un instrument unique au monde : l’orgue, construit vers 1435. Il est considéré comme le plus ancien encore jouable. 
D’autres instruments sont issus de cette époque mais la particularité de celui de Valère est d’avoir conservé une partie importante de ses éléments d’origine, notamment plusieurs tuyaux datant du XVe siècle. La plupart des orgues anciens ont été profondément transformés ou reconstruits, celui-ci permet encore de comprendre à quoi ressemblait un orgue de la fin du Moyen Âge. 
L’importance historique de l’orgue n’a pas toujours été connue. Pendant longtemps, il a été considéré comme un instrument parmi d’autres. Ce n’est qu’au XXe siècle et après plusieurs restaurations qu’on comprend l’importance historique de cet orgue. En identifiant les matériaux, les spécialistes attestent qu’il s’agit d’un orgue médiéval. Il devient alors une référence pour l’histoire de la musique et du patrimoine religieux. Le bois, le cuir et les mécanismes s’usent avec le temps. Pouvoir encore entendre un instrument vieux de près de six siècles est exceptionnel.

Constructeur inconnu
On ignore toujours l’identité du facteur d’orgues qui a réalisé l’instrument. Plus de cinq siècles après sa construction, aucun document ne permet d’attribuer avec certitude l’œuvre à un artisan précis. Ce qui est certain, en revanche, c’est que sa réalisation demandait un savoir-faire remarquable. Concevoir un orgue supposait de maîtriser le travail du bois, la fabrication des tuyaux métalliques, les mécanismes des claviers et la circulation de l’air. L’orgue figurait parmi les réalisations techniques les plus complexes de l’époque. 
L’instrument conserve certaines caractéristiques médiévales. Son clavier comporte une « octave courte », c’est-à-dire que certains demi-tons graves sont absents, car ils étaient peu utilisés à l’époque. 
L’autre surprise est sa taille. L’orgue de Valère ne compte qu’environ cinq cents tuyaux. À l’époque de sa construction, cela représentait pourtant déjà un instrument important. Au XVe siècle, la liturgie reposait essentiellement sur le chant. L’orgue intervenait comme soutien ou en alternance avec les voix. Les grands orgues que nous connaissons aujourd’hui n’apparaîtront que plusieurs siècles plus tard, avec la construction d’instruments plus imposants et plus puissants. L’orgue deviendra même le « roi des instruments », capable à lui seul de produire une richesse sonore comparable à celle d’un orchestre. 

Une survie exceptionnelle
À partir du XVIe siècle, la Réforme protestante entraîne dans certaines régions d’Europe la disparition de nombreux orgues. Certains réformateurs jugeaient la musique instrumentale inutile, voire contraire à la simplicité du culte. Des instruments ont été démontés ou détruits. Les orgues étaient parfois qualifiés de « cornemuses du diable ». Le canton du Valais qui est demeuré catholique échappe à ce mouvement. Cela explique en partie son exceptionnelle conservation.
En 1788, un incendie ravage une grande partie de la ville de Sion. Des bâtiments entiers sont détruits. La colline de Valère échappe toutefois aux flammes. La direction du vent détourne l’incendie qui ne se propage pas sur la colline. La basilique et son orgue sont ainsi sauvés. Sa survie tient aussi aux choix des générations successives. Alors que de nombreux instruments anciens sont remplacés par des plus récents, celui de Valère est entretenu et adapté sans être totalement reconstruit. 
Au-delà de l’instrument, le buffet d’orgue est orné de panneaux peints datant du XVe siècle. Parmi les personnages représentés, figure sainte Catherine d’Alexandrie. Très populaire à la fin du Moyen Âge, elle est aujourd’hui encore considérée comme co-patronne du Valais aux côtés de saint Théodule. Sa présence rappelle que l’art et la musique participaient à la transmission de la foi.
Aujourd’hui, l’orgue de Valère continue d’être joué et d’attirer des musiciens ou passionnés d’art. Des restaurations importantes ont permis de préserver son authenticité tout en maintenant son fonctionnement. L’orgue est encore utilisé lors de concerts et de certaines célébrations. Le Festival international de l’orgue de Valère attire régulièrement des organistes venus de différents pays pour jouer cet instrument unique. Un orgue probablement plus ancien est conservé au Musée historique de Stockholm. Mais il n’est plus jouable, une partie de ses tuyaux et de ses mécanismes ont disparu. Celui de Valère demeure donc le plus ancien dont on peut encore entendre les sonorités.

Updated on 27 Septembre 2026
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