Rencontre avec... Jean-Louis de la Vaissière

17 Décembre 2013 | par

Vaticaniste de l’Agence France Presse en poste à Rome, Jean-Louis de la Vaissière a récemment consacré un livre aux ruptures et continuités qui marquent la transition entre les pontificats de Benoît XVI et du pape François. Il estime que l’Église doit relever le double défi d’accomplir des pas sur certains sujets de société, tout en restant ferme sur d’autres sujets.

 

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Quand je suis arrivé à Rome en 2011, j’ai vu une Église brocardée dans les médias de manière très triste et un homme seul au timon de son bateau, dans la tempête, qui me frappait par la dignité de ses propos, sa clarté, sa transparence, sa volonté de purification. J’ai voulu décrire cette contradiction, exprimant dans mon livre à la fois la perception qu’on avait de l’Église et de Benoît XVI et la réalité de son personnage et de l’Église, traversée effectivement par beaucoup de conflits mais aussi par une volonté de renouveau et de dépouillement qui trouvera un prolongement avec le pape François.

 

Pendant l’écriture de votre livre, il y a eu la démission de Benoît XVI et l’élection du pape François, vous avez donc dû revoir l’angle de votre livre ?

Au départ, je voulais écrire un portrait de Benoît XVI et tout d’un coup mon livre s’est trouvé multiplié par quatre en volume car j’ai vu qu’il y avait un intérêt à étudier la continuité et la rupture entre les deux pontificats. J’ai ajouté à cela une réflexion personnelle sur les défis de l’Église, la difficile confrontation avec la postmodernité sur les valeurs, le sens de la vie, analysant de manière juste certaines bonnes raisons des milieux non-croyants ou anticléricaux, mais surtout rendant justice aux arguments de l’Église sur des sujets fondamentaux tels que la famille par exemple. Ce ne sont pas des combats dépassés ni perdus. C’est essentiel pour moi de montrer que l’Église a un message moderne, qu’elle a su s’adapter aux cinq continents par ce merveilleux processus d’inculturation, c’est un message qui passe car c’est un message qui peut potentiellement s’adresser à tout le monde.

 

La troisième partie de votre livre est la plus personnelle, vous vous demandez si l’Église doit s’adapter au monde moderne, au risque de perdre son identité ou si elle doit rester solide dans ses fondamentaux.

Ma réponse est mesurée. Je cite des chrétiens modérés qui souhaitent que l’Église accomplisse des pas sur certains sujets : par exemple le problème des divorcés-remariés, celui de la place des homosexuels dans l’Église, le rôle des femmes qui doit être renforcé. Comme a dit le pape François, elles ne doivent pas être seulement des secrétaires de paroisse. Sur certains sujets on attend de l’Église des réponses. Mais je ne sais pas si on les aura car le dogme est difficile à changer. En revanche, sur certains autres sujets je pense que l’Église doit être ferme. Et quand le pape a appelé les jeunes à faire du grabuge, c’est aussi pour leur demander d’être à contre-courant, quand il s’agit de défendre la vie, la famille, les plus faibles.

 

Pensez-vous que l’Église se soit un peu écartée de la réalité de la société sous Benoît XVI et que le pape François soit plus proche de la réalité, notamment grâce à son expérience d’archevêque ?

Je pense que oui, en partie. Individuellement, Benoît XVI comprenait très bien tous ces problèmes. Dans ce qu’il décrivait comme la « société liquide », il a montré une compréhension très aiguë de toutes les nouvelles solitudes modernes. Mais il avait tout de même très peur de toutes les évolutions, d’ouvrir des « boîtes de Pandore ». Et c’est vrai qu’il n’a pas ouvert de portes sur certains sujets mais il a renforcé le dialogue avec les non-croyants à travers le Parvis des Gentils et avait une approche,en tant que penseur, avec le monde non-croyant très respectueuse. Il se montrait néanmoins pessimiste sur une société où l’homme crée ses propres lois.

 

Qu’en est-il du pape François ?

Le pape François a, et c’est sa grande ouverture, une théologie de la miséricorde : toute personne qui, dans son for intérieur, veut revenir vers Dieu et se repent de ce qu’elle pense être mal, est attendue par le Christ. Il critique le « sacrement de la douane », qui dit par exemple à des parents non mariés : « Votre enfant ne peut pas être baptisé parce ce que vous n’êtes pas en situation régulière ». Selon lui, la règle est importante mais la charité prévaut. C’est aussi respecter le cheminement intérieur. On voit cette dimension qu’on ne retrouve pas dans les autres religions, celle de la miséricorde.  n

QUESTIONNAIRE DE SAINT ANTOINE

Connaissez-vous saint Antoine ? Quelle image avez-vous de lui ?

Pour moi, c’est un saint qui aide les petites gens à retrouver les objets perdus, à regagner les causes perdues, donc sympathique. Les statues mièvres de nos Églises le desservent. Pour aimer un saint, il faut savoir qu’il est boiteux comme nous.

 

Comment priez-vous ?

Je prie parfois la nuit. La prière n’est pas évidente. Comme a dit le pape François, peu importe que l’on s’endorme devant Dieu par ennui ou fatigue, l’important est d’être devant Lui. J’aime le Je vous salue Marie.

 

Quand vous sentez-vous le plus proche de Dieu ?

Lorsque j’ai l’impression d’éclairer momentanément la vie de quelqu’un. Mes proches par exemple, mais pas seulement. Dans la rue, dans les autobus aussi, parfois, par des gestes infimes. Pour moi le Dieu le plus proche est celui sur la croix. Face à la souffrance morale surtout, parfois je doute.

 

Qu’est-ce qui vous a rendu le plus heureux cette année ?

Difficile de trancher. Les succès universitaires de mes enfants ? La parution de mon livre, surtout quand j’ai eu l’impression d’être un « passeur » d’un essentiel qui me dépassait. Peut-être aussi le pape François lui-même, le 13 mars quand il a dit « et d’abord je vous demande de prier pour moi ».

Charles de Pechpeyrou

 

Updated on 06 Octobre 2016