Les Catholiques en Irak

15 Avril 2004 | par

Le gouvernement de Saddam a été renversé le 9 avril 2003, et la plupart des figures alors représentées sur les cartes ont été éliminées ou emprisonnées. A présent, un an après l'intervention militaire anglo-américaine, la sécurité s'est dégradée et les attentats suicides ont au augmenté visant les forces de la coalition, et les policiers irakiens et les civils travaillant dans les bases américaines.

Des sourires d'espoir
Dans cet arrière-fond de violences, les chrétiens vivent dans l'incertitude et la crainte. Ils sont à peu près 800 000 chrétiens en Irak, 4% de la population ; les catholiques chaldéens constituent une majorité parmi les communautés chrétiennes, qui incluent également des Assyriens, des Syriens, des Arméniens et des Latins.
En novembre 2002, alors que je visitais l'Irak en tant que membre d'une délégation de Caritas Internationalis, nous avons été reçus par le Patriarche Raphaël I Bidawid, dans sa résidence. Avec des mots aimables, il avait remercié les volontaires qui avaient aidé les Irakiens durant les 12 années d'embargo de l'ONU. Durant cette période, la menace de la guerre devenait toujours plus réelle et des documents officiels, prévoyaient que les Irakiens, déjà vulnérables, seraient les premières victimes de la guerre.
Ensuite, j'ai moi-même visité les centres Caritas de Mosul, Kirkuk, Karaqosh, Alquosh et Bagdad et j'ai pu voir les souffrances des mères et des enfants, des jeunes et des personnes âgées souffrant d'anémie et de malnutrition ; mais j'ai lu aussi sur leurs visages et leur sourire l'espoir que les sanctions seraient un jour levées. Tous priaient pour la paix. A l'église chaldéenne de Karakosh, j'ai assisté au mariage de Diana et Irdev, tous deux membres de la Caritas Irak.

Des orphelins sans nombre
Je suis retourné à Bagdad le 1er mai 2003, au moment où Georges Bush annonçait la fin de la guerre, et je suis resté au sein de la paroisse chaldéenne de St-Elya, près de la Mosquée Al-Abban. Le frère Basha Warda, curé de la paroisse, âgé de 33 ans, m'a montré une vidéo filmée durant la guerre : des visages terrifiés des personnes qui s'abritaient dans l'église, tandis que les bombes et les missiles tombaient sur la ville. Les familles qui passaient la nuit sous la protection de l'église priaient ou se partageaient la nourriture. J'ai demandé au frère Basha si, parmi eux, tous étaient catholiques et il me répondit : Les gens de la mosquée, répondit-il, partageaient avec nous l'espace et la solidarité.
Dans le centre de Bagdad, j'ai rendu visite aux Sœurs de la Charité de Mère Teresa, qui prennent soin de 24 orphelins âgés entre 2 et 12 ans, ayant des problèmes physiques et mentaux. Leur supérieure, Sœur Densy, me confia : Durant les années passées à Baghdad, nous avons reçu beaucoup d'enfants issus de familles qui, en raison du manque de ressources, étaient dans l'impossibilité de veiller sur eux. Dans la lumière tremblante de la chambre, les enfants nous fixaient avec curiosité, ou sourient avec insouciance au travers des barreaux de sécurité bleu clair des lits parfaitement alignés. Quand la chaleur est insupportable, nous dit Sœur Densy, nous louons un bus et, grâce à l'aide de quelques volontaires, nous portons les enfants au parc qu'ils aiment beaucoup. La maison était petite et manquait de chauffage et d'air conditionné.
Au monastère de Raban Hormiz, près d'Alquosh, le frère Mofeed Toma Marcus m'a montré un groupe d'enfants orphelins vivant au monastère. Les chrétiens locaux se désolent de voir augmenter le nombre d'orphelins adoptés par les familles musulmanes et convertis à l'Islam. Ils ont demandé au Fr. Marcus de créer un orphelinat pour sauver ces enfants. En outre, ce n'est pas une situation idéale pour eux qui, dépourvus de moyens de transport pour se rendre à l'école, doivent parcourir de longues distances à travers les champs infestés de serpents venimeux dont la moindre morsure peut être fatale.

La Maison de poussière
Depuis la première guerre du Golfe, en 1991, l'émigration massive des chrétiens pose un vrai problème à la communauté chrétienne d'Irak. J'ai demandé à Mgr Andreas Abouna, évêque auxiliaire de Bagdad, si le changement de gouvernement renversera cette tendance : Les chrétiens s'affaibliront encore, me dit-il, si les plus instruits quittent le pays. Mais s'ils se sentent en sécurité et qu'ils trouvent du travail, ils n'émigreront pas. A leur intention, Fr. Basha Warda, l'évêque Andreas Abouna envisagent de créer un site pour 50% de chrétiens qui vivent aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Europe. Le site, dénommé  www.kookhi.org, vise à unir des chaldéens dans le monde entier.  Kookhi signifie Maison de poussière, et c'est le nom de la plus ancienne église de Mésopotamie, construite 100 ans après J.C., à trois km au sud de Bagdad.
 
Le manque d'optimisme
Mais quel sera l'avenir de cette communauté ? En septembre dernier, l'évêque chaldéen a demandé au chef de l'autorité exécutive du  pays de prendre en considération les chrétiens qui sont les descendants des anciens habitants en Irak. Un des 25 membres du Conseil du gouvernement est un chrétien, Younadem Kana, l'archevêque Louis Sako, qui est devenu l'archevêque de Kirkouk en septembre, et Fr. Salam Zaker, un expert en lois cherchent à s'assurer que les chrétiens seront bien représentés dans la nouvelle Constitution. Peu de personnes cependant voient le futur avec optimisme. Des enlèvements d'enfants et d'adolescents ont lieu à Bagdad et dans sa banlieue. Selon Oliver Burch, le directeur du programme chrétien de secours à l'Irak, la pratique d'enlèvement d'enfants a commencé à Basra et s'est étendue à Bagdad. La police irakienne, précise-t-il, n'est pas capable de contrôler cette vague de crimes : elle est trop légèrement armée, tandis que les criminels ont des armes plus puissantes ; associée avec les forces de coalition, il est difficile pour la population de les prendre au sérieux.
L'autorité provisoire de coalition se prépare pour remettre le pouvoir aux Irakiens le 30 juin prochain. Mais qui détiendra la majorité au sein du futur gouvernement ? Comment cela affectera-t-il les chrétiens, les Kurdes, les Sunnites, et les autres minorités ? Dans cette période de crise, les chrétiens en Irak sont face à un futur incertain et ont besoin de soutient des chrétiens du monde entier.

 

Updated on 06 Octobre 2016