Les 520 ans de la Garde Suisse
Le 22 janvier 2026, la plus petite et sans doute la plus célèbre armée du monde souffle ses 520 bougies. Fondée en 1506, la Garde Suisse Pontificale veille, depuis plus d’un demi-millénaire, sur le pape et le Vatican avec la même devise : Acriter et fideliter – avec courage et fidélité.
Une naissance dans un monde instable
Matthäus Schiner, évêque puis cardinal suisse, suggère à Jules II de constituer un corps suisse permanent, directement au service du pape. À cette époque, l’Italie est un champ de bataille politique : cités-États, rois étrangers, alliances mouvantes. Le pape lui-même n’est pas seulement chef spirituel de l’Église catholique : il doit gouverner des territoires, défendre son autorité et parfois survivre à des soulèvements violents. Rome est alors une ville agitée, menacée par les guerres. Le pape a besoin d’hommes de confiance, étrangers aux querelles italiennes. Les mercenaires suisses, déjà réputés depuis longtemps pour leur discipline et leur bravoure, offrent cette garantie. Leur réputation s’étend dans toute l’Europe. Leur rigueur, leur courage et leur obéissance sont reconnus jusque dans les cours royales. Pour le pape, ils représentent une assurance de loyauté.
Sous la direction de Kaspar von Silenen, capitaine du canton d’Uri, un contingent d’environ 150 soldats suisses est levé à la demande du pape. Ces hommes, aguerris par les campagnes militaires des cantons suisses, sont choisis pour leur discipline et leur loyauté.
Après une longue marche à travers les Alpes, ils arrivent à Rome le 22 janvier 1506. Ils entrent dans la Ville éternelle par la Porta del popolo et rejoignent le Vatican. Le pape Jules II les accueille et les bénit sur la place Saint-Pierre, marquant le début officiel de la Garde Suisse et d’une tradition qui dure encore.
Le corps s’installe au Vatican comme garde personnelle. Il ne s’agit plus de simples mercenaires, mais d’un groupe voué au service direct du pape. Ils montent la garde, assurent les escortes et veillent à la sécurité du palais apostolique.
Leur rôle n’est pas seulement militaire. Ils participent aussi à la vie du Vatican, au rythme des cérémonies et des audiences papales.
Acte de bravoure
Leur installation au Vatican inaugure une tradition qui ne sera jamais interrompue, malgré les tempêtes de l’histoire.
Le 6 mai 1527, leur fidélité est mise à l’épreuve. Rome est envahie lors du terrible sac de Rome par les troupes de Charles Quint. Les Gardes Suisses protègent le pape Clément VII, qui se réfugie au château Saint-Ange. Le souverain pontife réussit à fuir par le Passetto (cf. Messager de mai 2025), un passage secret, long d’environ 800 mètres, qui relie directement le Vatican au château Saint-Ange. Ce couloir fortifié, construit au XIIIe siècle, permet au pape d’échapper aux ennemis pendant que les gardes retiennent l’assaut. 147 d’entre eux meurent au combat et sacrifient leur vie pour le souverain pontife. C’est le jour le plus sombre mais aussi le plus glorieux de l’histoire de la Garde. Leur sacrifice sauve la vie du Saint-Père et inscrit à jamais leur courage dans la mémoire de l’Église.
Depuis, chaque 6 mai, les nouvelles recrues prêtent serment et jurent devant Dieu de donner leur vie si le Saint Père est en danger.
Tradition et service aujourd’hui
Au fil des siècles, la Garde Suisse évolue, sans jamais perdre l’essentiel de sa mission. Les gardes suivent aujourd’hui des formations de protection rapprochée, de premiers secours et de gestion de crise.
Ils suivent le pape dans tous ses déplacements et s’assurent ainsi de sa sécurité au Vatican et à l’extérieur. Ils apprennent aussi l’italien, indispensable pour la vie quotidienne au Vatican, et se familiarisent avec le visage de toutes les personnes autorisées à franchir les différentes entrées du Saint-Siège. Leur vigilance est la première barrière de sécurité du pape.
La Garde Suisse compte aujourd’hui 135 hommes, tous catholiques, suisses et formés au service militaire helvétique. Leur uniforme aux couleurs éclatantes — bleu, rouge et jaune — attire les regards de nombreux touristes.
À l’occasion de l’assermentation des nouvelles recrues, le pape Léon XIV leur a adressé ces mots : « Depuis les premiers pas de mon pontificat, chers gardes suisses, j’ai pu compter sur votre service fidèle, accompli avec grand dévouement et zèle. Le successeur de Pierre peut remplir sa mission au service de l’Église et du monde en ayant la certitude que vous veillez à sa sécurité ». Plus de cinq siècles après leur arrivée à Rome, ces hommes continuent de veiller.