La renaissance de Kolahun

Au lendemain de la guerre, une école détruite au Libéria renaît grâce aux efforts de la communauté, apportant éducation, espoir et opportunités aux enfants locaux.
22 Mars 2026 | par

Pendant la longue guerre civile qui a ravagé le Libéria de 1989 à 2003, ses terres et sa population ont été dévastées, ce qui a fait reculer d’une cinquantaine d’années ce pays qui reste aujourd’hui l’un des plus pauvres au monde.
Le district de Kolahun, qui fait partie du comté de Lofa, compte près de 100 000 habitants, principalement issus de l’ethnie Bandi, avec une majorité musulmane et une petite minorité chrétienne. La pauvreté est très répandue et 54 % des enfants ne terminent pas leur scolarité primaire, en grande partie à cause de difficultés économiques.
L’école catholique de Kolahun, dédiée à sainte Agnès, a été fondée au début des années 1980. Elle est rapidement devenue un centre d’excellence et l’une des meilleures écoles secondaires du district. Malheureusement, pendant la guerre civile, elle a été complètement détruite, ne laissant que ses fondations et les souvenirs de ses anciens élèves.
« L’école Sainte-Agnès a connu une renaissance en 2015 grâce à l’initiative d’un catéchiste, Nyuma Sontay », explique le père Lorenzo Snider, responsable du projet. Le père Lorenzo est curé de la paroisse de Foya et résident de la paroisse Saint-Jean-Vianney ; il est également missionnaire de la Société des Missions Africaines (SMA). « À l’époque, les cours avaient lieu sous un abri de fortune et dans une grande salle qui servait également d’église. » Mais en 2019, l’évêque de Gbarnga a demandé la construction de six salles de classe. « Deux ans plus tard, le diocèse m’a demandé de diriger l’école en tant que superviseur », poursuit le père Lorenzo. « Nous avons atteint notre premier objectif : arriver jusqu’à la première année de collège en garantissant une certaine stabilité et tout en maintenant de bonnes normes d’enseignement. » Les inscriptions ont augmenté et, en 2024, l’école comptait 174 élèves et une équipe de 10 enseignants. De nombreux élèves sont confrontés à de graves difficultés financières et bénéficient d’une aide sous forme de bourses.

La contribution de la Caritas Saint-Antoine
L’ambition des parents et des enseignants était de permettre aux enfants de fréquenter l’école jusqu’à la fin du collège, au lieu d’être contraints d’arrêter leurs études ou de s’éloigner de chez eux. Mais pour cela, il fallait de toute urgence davantage de salles de classe.
« Nous avons demandé à la Caritas Saint-Antoine une aide financière pour la construction de trois salles de classe et d’une bibliothèque/salle d’étude », explique le père Lorenzo. Sa demande était simple mais vitale : sans nouvelles installations, la croissance de l’école serait freinée et les fragiles progrès réalisés depuis la guerre pourraient être perdus.
Le projet a été conçu par la paroisse (qui a offert le terrain) en collaboration avec le diocèse de Gbarnga et le Secrétariat des écoles catholiques. La SMA, chargée de la responsabilité pastorale et éducative dans la région dans le cadre d’un accord à long terme avec le diocèse, assure la continuité et la stabilité de ces initiatives. Les parents se sont engagés à fournir de la main-d’œuvre non qualifiée. L’administration de l’école a contribué en donnant environ 460 euros et d’anciens élèves ont promis des bureaux, des bancs et des tables. Les bienfaiteurs de la SMA ont fait un don de 12 500 euros. Mais il manquait encore une somme importante : le coût total s’élevant à 36 800 euros. Les 24 300 euros restants ont été pris en charge par la Caritas Saint-Antoine afin de financer l’intégralité du projet.

Une structure permanente
Grâce à la première tranche des financements, reçue en octobre 2024, les travaux ont immédiatement commencé. Les parents et les paroissiens ont nettoyé le site, enlevant les arbres et les broussailles. Les fondations ont été creusées entièrement à la main et les briques ont été fabriquées sur place à partir de sable et de ciment. « Les matériaux ont été achetés localement et la participation des locaux a été excellente, tout particulièrement celle des parents d’élèves », explique le père Lorenzo.
Les travaux ont avancé avec une rapidité qui a dépassé toutes les attentes. Les charpentiers locaux ont préparé le bois pour le toit, tandis que les tôles ondulées pour la couverture ont été achetées à l’avance. « La capacité de travail de l’entreprise de construction et l’importante participation de la population ont permis d’avancer plus vite que prévu », ajoute le père Lorenzo. À tel point que les murs ont commencé à s’élever dès le début du mois de décembre, en avance sur le calendrier.
À la fin du mois de mars 2025, la peinture était terminée. Ensuite, des bancs et des pupitres ont été fabriqués à partir de bois local, des étagères et des tables ont été ajoutées à la salle d’étude, des chaises ont été fournies pour la zone de lecture et un premier lot de livres a été acheté pour commencer une modeste bibliothèque.
Le processus a tout de même connu quelques moindres difficultés. « Le seul inconvénient a été la lenteur des groupes d’anciens élèves, qui a été compensée par une plus grande participation de la paroisse », raconte le père Lorenzo. Mais à part cela, les travaux se sont déroulés sans encombre.
Le plus important, restait l’engagement de la communauté elle-même. « La contribution de la population locale, des parents d’élèves, de la communauté chrétienne, ainsi que le professionnalisme de l’entreprise, ont été très positifs, ce qui nous a permis de terminer les travaux plus tôt que prévu », explique le père Lorenzo. Les parents, les enseignants, les paroissiens et les bienfaiteurs ont chacun apporté leur contribution. Le résultat est une structure permanente composée de trois nouvelles salles de classe et d’une salle d’étude qui servira à Kolahun pour les générations à venir.

Des bénéfices concrets
Les avantages sont déjà manifestes : les enfants étudient dans des salles de classe exemptes de poussière, de bruit et des défauts typiques des espaces provisoires. Les cours sont désormais plus calmes. Les enseignants peuvent travailler avec plus de confiance. Les parents sont fiers de voir leurs enfants dans des salles de classe sûres et solides. Le succès du projet a renforcé l’indépendance financière de l’école et ouvert la voie à son expansion. Les documents nécessaires à la création de classes pour les enfants jusqu’à 13 ans ont déjà été soumis, et presque tous les enseignants ont accepté de participer à une formation continue l’année prochaine afin d’améliorer encore le niveau.
Pour un district qui porte encore les cicatrices de la guerre, le projet a eu un effet unificateur. Il a montré que même une communauté disposant de peu de ressources peut accomplir des choses remarquables lorsqu’elle travaille ensemble et bénéficie de la solidarité extérieure. L’impact va au-delà des salles de classe : il renforce la confiance des parents dans l’école, encourage les inscriptions et montre aux jeunes que leur scolarité vaut la peine d’être poursuivie.
Et le père Lorenzo de conclure : « Merci encore à la Caritas Saint-Antoine et aux lecteurs du Messager pour leur soutien, leur amitié et leur vision commune au service des oubliés de tous ». 

Updated on 22 Mars 2026
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