Quand les enfants évangélisent leurs parents
« Cette année, pour la première fois, mes parents m’ont accompagnée à la messe de Pâques. J’en étais très émue, car j’avais prié pour cela pendant 10 ans ! » Du haut de ses 22 ans, Emma montre déjà une étonnante maturité, marquée par l’expérience de la patience et du « temps de Dieu ». La jeune fille a reçu le baptême à 12 ans, bien avant l’incroyable rebond du catéchuménat observé en France depuis 2024.
Contre l’avis de la plupart de ses proches, et malgré le scepticisme de ses parents agnostiques et de ses camarades de collège majoritairement musulmans, l’adolescente avait tenu bon. Le sentiment de sérénité ressenti à 10 ans en entrant dans une église avec une amie pour la première fois ne l’avait pas quittée, et elle avait assumé ses deux années de préparation au sacrement avec sérieux. Ses parents ont alors accepté son choix, mais sans venir à la célébration du baptême. Leur position commence néanmoins à s’assouplir. « Je crois qu’ils voient que je suis heureuse, que je ne suis pas embrigadée, que j’avance dans ma vie, dans mes études, dans mes relations. Cela les rassure, même s’ils ne comprennent pas tout », confie-t-elle.
Ces histoires de décalage familial sont nombreuses parmi les plus de 20 000 jeunes adultes qui ont reçu le baptême en France durant la nuit de Pâques en 2026. Alors qu’il était autrefois habituel de voir les parents agacés face au refus de leurs enfants de venir à la messe dominicale, la participation à la liturgie devient au contraire, pour certains jeunes, un acte d’émancipation par rapport à une certaine passivité ou l’indifférence qu’ils perçoivent chez leurs parents sur le plan de la foi.
Un défi humain et spirituel
Ce nouveau public constitue à la fois une « divine surprise » et un défi pour les paroisses, comme le relève le père Charles-Thierry, vicaire dans une paroisse de la région parisienne depuis son ordination en 2020. « Durant mes premiers mois de sacerdoce, je remarquais en moyenne la présence de 5 à 10 jeunes à la messe dominicale. Désormais, cela tourne plutôt autour de 60 à 70, dont certains viennent aussi en semaine, pendant leur pause entre les cours », s’étonne-t-il. « Je remarque une émulation entre jeunes : ils se donnent rendez-vous le dimanche matin entre eux, certains prennent l’autobus pour venir à la messe, entre amis », observe le prêtre.
Le rôle des parents
Et les parents dans tout ça ? Certains demeurent sceptiques face à ce qu’ils perçoivent comme une phase de lubie religieuse ou de mode qui passera. Mais d’autres se mettent en chemin, au point, parfois, d’être accompagnés et parrainés par leurs propres enfants dans une démarche de catéchuménat, de confirmation ou de recommencement.
« C’est tellement touchant de voir ces jeunes qui croient en quelque chose, qui arrivent à trouver des repères pour leur vie », relève ainsi Caroline, 40 ans, mère d’une jeune fille de 18 ans qui se prépare à être baptisée l’an prochain. « Je me pose la question de devenir chrétienne moi aussi… Le fait de trouver une communauté accueillante dans laquelle nos enfants sont respectés et valorisés, cela me rassure beaucoup. Cela m’émeut, même. », explique-t-elle, les yeux brillants à la sortie d’une veillée pascale de trois heures. « Je n’ai pas vu le temps passer ! », avoue-t-elle, sous le regard ravi de sa fille, qui avait dû insister pour la faire venir aux messes du Carême.
« Mais… et la prière du soir ? »
Même dans des familles pratiquantes et plus « classiques », le recadrage spirituel vient parfois des enfants. Travaillant à la direction financière d’une grande multinationale, Clémence se voit souvent contrainte, le dimanche soir, d’écluser ses mails du week-end pour préparer ses réunions du lundi. « Il m’est souvent arrivé de stresser en voyant l’heure tourner et de dire à mes enfants, vers 21 heures, “Allez hop, au dodo !” », reconnaît-elle. « Mais leur regard déçu et leur franchise, en mode “Mais enfin, maman, ça va pas, là… On n’a pas fait la prière du soir !”, cela recadre sur l’essentiel », reconnaît la jeune femme.
« Le fait de prier tout simplement pendant deux ou trois minutes, avec un beau chant marial et une intention de prière pour l’école et pour le travail, c’est fou ce que c’est apaisant ! Même s’il faut reprendre le tri des messages après ça, on se sent tellement mieux… Heureusement que les garçons sont là pour nous recadrer quand on est trop focus sur le boulot », reconnaît avec humilité la maman de deux enfants de 10 et 12 ans. Un signe que la Vérité, avec un grand V, sort de la bouche des enfants.