Les références de Magnifica humanitas
Parmi les citations les plus notables de Magnifica humanitas figure celle de Gandalf, le mage de la trilogie Le seigneur des anneaux, adressée à Frodon découragé : « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés. » Une façon pour le Pape de rappeler que chacun doit agir à sa mesure.
Dans ce texte centré sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’Intelligence artificielle, Léon XIV convoque également le psychiatre Viktor Frankl, survivant de la Shoah et inventeur de la logothérapie, qui affirmait que l’homme est à la fois « celui qui a inventé les chambres à gaz d’Auschwitz » et « celui qui y est entré debout, le Notre Père ou le Shema Israël aux lèvres ». La politologue Hannah Arendt, théoricienne de la « banalité du mal », est également citée : ses travaux sur le totalitarisme servent à décrire ceux pour qui « la distinction entre fait et fiction et la distinction entre vrai et faux n’existent plus ».
Artistes, philosophes et figures historiques
L’encyclique salue des œuvres à « valeur presque prophétique » : la Neuvième Symphonie de Beethoven comme expression du « désir d’unité », Guernica de Picasso comme « dénonciation de la déshumanisation », et La Liste de Schindler de Spielberg comme « invitation à ne pas livrer le passé à l’oubli ». Le Saint-Père rend aussi hommage à Martin Luther King Jr. et à Nelson Mandela, qui ont « choisi de ne pas abandonner l’avenir à la haine ».
Une liste de femmes « courageuses et généreuses » parcourt le texte : les saintes Laura Montoya et Mère Teresa, mais aussi Dorothy Day, Marie Curie, Maria Montessori, Elisabeth Elliot, Wangari Maathai et Benazir Bhutto — figures de religions et d’horizons variés.
Platon est convoqué pour mettre en garde contre l’instantanéité de l’IA dans l’éducation : les choses profondes ne s’apprennent qu’en « frottant » les concepts comme des silex. Romano Guardini, prêtre italo-allemand, est cité pour son avertissement : « L’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir ». Giorgio La Pira, homme politique italien, prône quant à lui « la méthode de la négociation et de la convergence ». Côté catholique, saint Augustin (cité quatre fois) et saint Thomas d’Aquin constituent les piliers théologiques, aux côtés du cardinal Pierre de Bérulle, seul auteur français mentionné. Parmi les martyrs figurent Maximilien Kolbe, Oscar Romero, Enrique Angelelli et François-Xavier Nguyễn Văn Thuận.
L’héritage pontifical
Léon XIV s’inscrit résolument dans la tradition de l’enseignement social de l’Église. Le pape le plus cité dans les notes est François (55 occurrences), suivi de Jean-Paul II (39), Benoît XVI (18) et Paul VI (16). Jean XXIII, Pie XII et Pie XI sont également mentionnés, tout comme Léon XIII, présenté comme le pionnier de la doctrine sociale moderne. Le Concile Vatican II nourrit une quinzaine de références. Enfin, en appelant à « la culture de la transparence et du rendre-compte », le Pape fait écho au Synode sur l’avenir de l’Église — inscrivant ainsi durablement ce chantier d’inclusion dans une encyclique.