1914-2014 : L’Église et les guerres

29 Octobre 2013 | par

Il y a bientôt 100 ans, sous le pontificat de Benoît XV, éclatait la Première Guerre mondiale. Comment l’Église traverse-t-elle les guerres, décennies après décennies ? Que demande-t-elle aux hommes ? Si le chemin de la paix doit parfois passer par l’usage de la force et du conflit armé, il sera plus droit en évitant la guerre et ses ravages.



Novembre, en France, est un mois où l’on se remémore particulièrement la Première Guerre mondiale, le 11 novembre marquant l’armistice et la paix de 1918. C’est aussi le mois où l’on prie spécialement pour tous les défunts… en incluant évidemment ceux qui sont morts pour la patrie, pendant les guerres. Que faire face aux guerres ? Sainte Thérèse d’Avila se posait déjà la question en regardant la France du XVIe siècle marquée par les guerres. La carmélite espagnole éprouvait une grande douleur face à cette situation et voulait à tout prix sauver les âmes. Sa solution fut la prière, et la fondation du Carmel Saint-Joseph d’Avila. 400 ans plus tard, l’Église, notamment par le concile Vatican II et le Catéchisme de l’Église Catholique, s’est largement interrogée sur la guerre et sur l’attitude à adopter face à une situation qui apparemment ne trouve d’autre issue qu’un conflit armé. Les papes, de Benoît XV jusqu’à François, pour ne remonter que jusqu’au siècle dernier, se sont tous exprimés, avec des mots chocs qui sont gravés dans l’Histoire.



Légitime et juste ?

Deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII estimait que « la loi et l’ordre peuvent avoir parfois besoin du bras puissant de la force : certains ennemis de la justice ne sauraient être amenés à en accepter les conditions que par la force ». On comprend aisément que la force ne doit être utilisée qu’en extrême recours, attitude qui peut mener vers un plus grand bien, vers la paix. Ce concept de guerre légitime fut de nouveau développé par Jean-Paul II, en janvier 1993, lors des vœux qu’il prononça face au corps diplomatique : « Une fois que toutes les possibilités offertes par les négociations diplomatiques, les processus prévus par les conventions et les organisations internationales, ont été mis en œuvre et que, malgré cela, des populations sont en train de succomber sous les coups d’un injuste agresseur (...), il semble que le devoir des États soit de désarmer cet agresseur. » Le droit d’ingérence, considéré même comme un devoir pour le pape polonais, peut aller jusqu’à légitimer l’emploi de la force militaire, à condition que les critères de la « juste guerre » soient réunis.

Aux yeux des militaires, qui assurent le maintien de la paix dans les pays et entre les nations, le conflit armé est un service pour l’homme. L’actuel aumônier national de l’Armée de l’air estime que sa mission est de contribuer à « faire prendre conscience que si la guerre est parfois nécessaire, voire indispensable, elle ne retrouve son sens que dans le maintien ou la recherche de

la paix ».

 

Un échec pour l’humanité

Ainsi, si l’idée d’une « guerre juste » a sa place dans le monde, il semble qu’éviter le conflit armé est toujours une avancée pour l’humanité. Benoît XV, qui a connu la guerre pendant quatre ans sur ses sept ans de pontificat, avait condamné « l’horrible boucherie » de la Grande Guerre. Benoît XV écrira, quelques années après l’armistice : « La paix est le plus beau don de Dieu ». Parole d’un homme qui a traversé la guerre.

Et alors que vingt ans plus tard, un autre conflit mondial sévissait, Pie XII avait lancé, à Noël 1944 : « Guerre à la guerre ! »

« Jamais plus la guerre, jamais, c’est la paix qui doit guider le destin des peuples et de l’humanité », avait osé crier Paul VI, à la tribune des Nations unies en 1965. Au même moment, les Pères Conciliaires demandaient de « mettre un frein à l’inhumanité des guerres ». En effet, les progrès technologiques fulgurants des dernières années rendent les armes, chimiques et nucléaires, toujours plus dévastatrices. Face à cette escalade de puissance, les souverains pontifes ont uni leurs voix en appelant à la non-utilisation de ces armes ravageuses. Quelques mois après la chute du Mur de Berlin, Jean-Paul II avait assuré que la guerre était une « aventure sans retour ». Aujourd’hui, en 2013, alors que la menace de guerre avec la Syrie est encore présente, le pape François insiste sur le fait que la guerre est « toujours un échec de l’humanité ».

 

La racine des maux

Pourquoi sommes-nous confrontés à des heurts et des clivages entre les civilisations ? Pourquoi arrivons-nous à des situations extrêmes où la guerre semble être le dernier recours ? Le Catéchisme de l’Église Catholique, au n°2317, l’explique de manière limpide : « Les injustices, les inégalités excessives d’ordre économique ou social, l’envie, la méfiance et l’orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre ». Dans cette droite ligne, le 7 septembre dernier, le Saint-Père, lors d’une veillée de prière à Rome, a largement déploré qu’aujourd’hui, « nous lev(i)ons la main sur celui qui est notre frère » et que « nous nous laiss(i)ons guider par les idoles de l’égoïsme. » Puis, le pape a souhaité bousculer le cœur des hommes : « Nous avons perfectionné nos armes, notre conscience s’est endormie, nous avons rendu plus subtiles les raisons avec lesquelles nous nous justifions. Comme si c’était une chose normale, nous continuons à semer la destruction, la douleur, la mort ! » L’égoïsme et la méfiance des hommes sont une plaie et empêchent d’avancer vers la paix. Or, « la paix doit naître de la confiance mutuelle entre les peuples au lieu d’être imposée aux nations par la terreur des armes », peut-on lire dans Gaudium et Spes (n°82). La paix est toujours une victoire. Alors, cette année, vivons le 11 novembre comme un jour de joie et de paix. Un signe d’espérance pour l’humanité.

 

« Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter les guerres (…) Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire.

La gravité d’une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale.

Il faut à la fois : que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces ; que soient réunies les conditions sérieuses de succès ; que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.

La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition. »

Catéchisme de l’Église Catholique, (n° 2308-2309), Éviter la guerre






Updated on 06 Octobre 2016