Humbles et en pleine forme !

Dans le Sermon pour le IIIe dimanche après Pâques, saint Antoine parle d'humilité d'où naît toute bonne action.
11 Janvier 2026 | par

« Le cœur est le premier des membres à être formé ». Le cœur désigne l’humilité […]. C’est elle que l’on doit former d’abord, avant les autres vertus, car c’est elle le modèle qui redonne forme à ce qui est déformé. C’est d’elle, en effet, que découle la source du mouvement de toute bonne action, et qui exerce un grand pouvoir sur les autres, « car elle est la mère et la racine de toutes les vertus ».
Saint Antoine, Sermon pour le IIIe dimanche après Pâques

On pourrait dire que l’humilité n’est pas une vertu. Si par vertu, nous entendons une qualité positive visible dans notre comportement, une bonne attitude que nous sommes en mesure de concrétiser grâce à notre engagement ou à un effort, alors oui : on pourrait bien dire que l’humilité n’est pas une vertu. Dans ce cas, il s’agit plutôt d’une façon d’être dans la vie. C’est pour cette raison que saint Antoine précise qu’elle doit « naître en premier ». Notre saint bien-aimé semble jouer avec les mots, en rappelant un dicton qu’il connaissait : « Une forme qui redonne forme à ce qui est déformé ».
Dans notre vie quotidienne, nous faisons tous l’expérience de se sentir souvent un peu confus, avec des idées peu claires, des désirs qui apparaissent et disparaissent, des sentiments instables. Il arrive souvent que nous ne nous sentions plus « en forme ». Et nous avons alors besoin d’une sorte de modèle qui redonne, dans la mesure du possible, une configuration à ce que nous sommes. Nous ressentons en effet le besoin d’être remis en forme. Nous le disons, par exemple, après une période de maladie ou après des vacances : « Je me suis remis en forme ». 
Pour saint Antoine, ce qui nous permet de nous remettre en forme, c’est l’humilité. Que signifie être humble ? S’il s’agissait d’une vertu à exercer, nous inventerions immédiatement des attitudes artificielles de personnes soumises, ou nous risquerions de nous regarder en nous dévalorisant. On croit parfois même que l’humilité est l’attitude de ceux qui se retirent toujours des jeux, des défis de la vie, se croyant inadéquats. Nous savons que de telles attitudes expriment en réalité souvent le caractère de personnes excessivement peureuses, ou qui ne veulent pas prendre de responsabilités, qui n’ont pas envie d’assumer avec courage les tâches que la vie nous demande d’accepter.
Les humbles ne sont pas ceux qui n’agissent pas, par peur ou par paresse, mais ceux qui agissent. Que font-ils ? De bonnes œuvres, dit saint Antoine. Nous pouvons nous tourner vers Jésus, qui se définit lui-même comme « doux et humble de cœur ». 
Nous pouvons réécouter Marie, dans le chant du Magnificat (voir p.32-33), qui loue Dieu pour avoir « regardé l’humilité de sa servante ». Jésus était humble. Marie était humble. Ils n’avaient pas besoin d’être « remis en forme ». Ils étaient déjà « formés », rendus beaux dans leur humilité. Des modèles d’humilité. Et quelle était leur façon d’être dans la vie, en tant qu’humbles ? C’était le style de ceux qui vivent en se sentant en relation avec quelqu’un, quelqu’un de qui on reçoit beaucoup et à qui on veut rendre. Jésus reçoit tout du Père et veut tout lui rendre. Marie reçoit tout du Seigneur et veut tout lui rendre. 
Voilà la « forme qui réforme », voilà l’humilité : être conscient que nous recevons tout, et simultanément, vivre dans le désir de rendre. À Dieu, à nos frères et sœurs. Les « bonnes œuvres » sont donc avant tout cela : une joyeuse présence devant le Seigneur, reconnaissant ses dons ; le remerciant, comme saint François d’Assise entre autres a su le faire magnifiquement dans le Cantique des Créatures. Un merci qui nous remet en forme. ■

Updated on 11 Janvier 2026
Laissez un commentaire