La Communication NonViolente, espace de dialogue

Alors que le Carême bat son plein, chacun cherche d'ajuster son comportement et son attention aux autres. Si les conflits font partie de la vie, des moyens concrets existent pour réussir à les traverser, notamment la Communication NonViolente.
08 Mars 2026 | par

Accusation, affrontement, agressivité, rupture. Cette escalade relationnelle classique est toujours déroutante car le conflit fait perdre pied. En effet, si un désaccord peut faire naître un reproche, un blocage puis un conflit, il est aussi vrai que du dialogue découle le respect, la recherche du bien de l’autre, voire la miséricorde et le pardon. Pour Léon XIV, « la non-violence (…) doit caractériser nos décisions, nos relations, nos actions ». Il encourage à « résister à la tentation de la vengeance ». Voilà ce qui animait Marshall B. Rosenberg (1934-2015) pour qui « la violence est l’expression tragique de besoins non satisfaits ». Ce psychologue américain, créateur du processus de communication appelé « Communication NonViolente » (CNV), a consacré sa vie à faire connaître l’art du dialogue qui invite à une bienveillance mutuelle.

Le chacal et la girafe
La CNV amène à transformer tout ce qui fait obstacle à la relation. Elle est une invitation à reconsidérer notre façon de nous exprimer, d’écouter et d’entrer en relation, dans tous types de structures, avec différents types d’acteurs, dans tous types de domaines. Ainsi, pour symboliser deux différentes visions du monde, M. Rosenberg utilisait la métaphore de la girafe et du chacal. Le chacal symbolise notre manière habituelle de nous exprimer, à laquelle nous avons été conditionnés dès notre enfance. Un mode de communication basé sur les jugements, la morale, les étiquettes, les exigences, le désir d’avoir raison et le déni de responsabilité (c’est l’autre qui est responsable de mon malheur).
La girafe, quant à elle, est l’animal terrestre qui a le plus grand cœur. Elle symbolise le langage de la bienveillance et du cœur. Avec son long cou, elle prend de la hauteur et peut voir loin. Si la CNV est utilisée pour résoudre des conflits et améliorer les relations, elle n’est cependant pas une recette magique pour régler tous ses problèmes relationnels et ses conflits, ni une méthode prévue pour changer l’autre ou le convaincre pour obtenir ce que nous voulons. La CNV, c’est vouloir découvrir l’autre, « aller sur sa colline » pour voir la vie d’un autre angle, d’un autre versant de la montagne, celui de l’autre. 

Améliorer les relations
« Les relations humaines ne sont pas toujours aussi paisibles et fraternelles que nous le souhaiterions, confie une religieuse vivant dans une communauté bénédictine de l’Est de la France. Chacune d’entre nous fait des efforts mais des débordements passagers surviennent parfois. » Conscientes de leurs difficultés, ces religieuses ont récemment fait appel à un coach qui les a initiées à la Communication NonViolente en leur présentant les quatre piliers à mémoriser : 1. Observer les faits, la situation, sans jugement. 2. Identifier les sentiments, les émotions qui les animent. « Ce sont les émotions qui, lorsqu’elles nous envahissent, nous font perdre la maîtrise de nous-même, qui nous paralysent ». 3. Clarifier les besoins qui sont les miens à ce moment précis : besoin de sécurité, d’empathie, de compréhension, de repos ou d’autonomie, besoin d’exister. Un besoin non-exprimé peut engendrer une émotion telle que la colère. Et l’autre, qui « reçoit » le débordement de ma colère, ne peut comprendre si je ne lui exprime pas clairement le besoin qui est le mien. 4. Exprimer une demande concrète et réalisable afin que chacun soit reconnu et respecté et que la relation soit apaisée. Le coach a ensuite présenté aux religieuses quelques situations conflictuelles bien ou mal gérées. Elles ont alors « recherché avec son aide quelle parole aurait pu apaiser la situation mal gérée. » « Peu à peu, la pratique nous est devenue plus familière, explique l’une des sœurs. Nous étions prêtes alors à étudier des situations de notre propre vie quotidienne. Au fil des exercices, nous nous sommes écoutées, accueillies et accompagnées dans la confiance. Ce fut très bon pour toutes. ». Une religieuse confie avoir « pris conscience, à travers cet exercice, de la distance entre ce qu’(elle) pensait donner à voir ou à entendre et ce que l’autre avait perçu de (s)es paroles ou de (s)on attitude. Et du travail qui (lui) reste à faire pour parvenir à la maîtrise de (s)es émotions ». La CNV donne des moyens concrets de retrouver la connexion à l’autre, au-delà des jugements, des critiques et des reproches. Les petites mises au point quotidiennes permettent parfois d’éviter un conflit majeur. 

Un pas vers l’autre
Il n’est pas possible de résoudre un conflit si les personnes ne sont pas prêtes à s’ouvrir, à changer de posture. Quand le blocage est repéré, il faut mettre les choses à plat : chacun doit dire comment il voit la situation, quelles émotions il ressent et les besoins qui y sont rattachés. Puis il faut écouter les perceptions de l’autre et reformuler le point de vue de celui-ci. La plupart des conflits ont des solutions quand il y a une disponibilité à le résoudre, à faire un pas vers l’autre. Bruno, coach pour des laïcs et des clercs, se sert « plutôt d’un concept voisin, celui d’assertivité, qui est la capacité de vivre la relation à l’autre dans un esprit de construction, c’est-à-dire en évitant les deux écueils que sont : chercher à passer en force (la domination), et l’inverse, ne pas oser s’affirmer (la soumission) ». Pour ce coach, « la construction, c’est vivre la relation à l’autre en l’aimant comme soi-même ». Cela rejoint la CNV, qui aide à incarner concrètement l’amour du prochain, en évitant les paroles blessantes ou défensives, et en développant une écoute qui respecte l’autre. Laissons-nous attirer par le cercle vertueux de l’attitude bienveillante et non violente.

Updated on 08 Mars 2026
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