La première Bible liturgique intégrale

21 Janvier 2014 | par

17 années de travail et 70 spécialistes auront été nécessaires à la traduction de la première Bible liturgique intégrale, parue le 22 novembre 2013 aux éditions Mame. Cette immense œuvre fut notamment réalisée dans l’optique d’une meilleure compréhension orale de la proclamation de la Parole de Dieu, par un large auditoire. Éclairage.

 

Jusqu’à aujourd’hui, les lectures de la Bible dans la célébration de la messe, dans celle des sacrements et dans la liturgie des Heures, n’étaient pas tirées d’une unique et même traduction. De plus, seuls les textes du Nouveau Testament et 4 000 versets de l’Ancien Testament (soit un cinquième de ce livre) étaient traduits dans la Bible de la liturgie. C’est alors que les évêques de la Commission Internationale Francophone de Traduction Liturgique ont estimé nécessaire qu’un texte intégral pour la liturgie soit élaboré. Le chantier de cette traduction intégrale de la Bible pour la liturgie a ainsi été entamé en 1996 (les lectionnaires utilisés actuellement datent de 1975). Pour mener à bien cette entreprise de longue haleine, des équipes de traduction ont été constituées, comportant au minimum deux exégètes, spécialistes du livre à traduire, et deux personnes littéraires, ayant la sensibilité de la langue. Ainsi, ce sont quelque 70 spécialistes qui, pendant 10 ans, ont travaillé à cette traduction, avant de la soumettre en 2005 aux Conférences épiscopales francophones (Afrique du Nord, Belgique, Canada, France, Luxembourg, Suisse). Ces dernières l’ont approuvée en 2012 après avoir étudié plus de 4 000 remarques qui avaient été formulées. Le 12 juin 2013, le texte de cette nouvelle édition en langue française a été confirmé par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements. Leur travail est un service rendu à Celui qui est à l’origine de la Parole et pour tous ceux qui recevront cette Parole.

 

Évolution de la langue

Le concile Vatican II avait clairement souhaité ouvrir plus largement le trésor de la Parole de Dieu et pour ce faire, il a introduit les langues vivantes dans la liturgie de rite latin. Ce qualificatif des langues est révélateur de leur destin. Selon Monseigneur Philippe Gueneley, Président de l’Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones, « une langue évolue, car elle est une réalité vivante, liée à l’histoire des mentalités et des cultures. Dans la nouvelle traduction liturgique de la Bible, il est apparu opportun de choisir certains mots (…) Certains lecteurs pourront le regretter, mais des choix ont été faits en pensant à la signification des mots dans le monde d’aujourd’hui ». Ainsi, le parti pris a été de rejeter les phrases trop longues et de choisir un vocabulaire adapté à la culture des auditeurs. Cette traduction intégrale de la Bible pour la liturgie atteste du lien vivant et actuel entre la Parole de Dieu et la célébration liturgique. L’introduction générale de cette nouvelle Bible précise d’ailleurs que « c‘est la liturgie qui donne au texte de devenir parole vivante pour la communauté.»

 

Unité, transmission et meilleure compréhension

Plusieurs raisons ont motivé cette traduction complète : avoir une même traduction biblique pour la messe et la liturgie des Heures ainsi qu’un texte biblique unifié pour la liturgie et la catéchèse. La recherche d’une mémorisation des textes bibliques et la volonté de l’Église catholique de favoriser la diffusion et la transmission de la Parole de Dieu ont également été à l’origine de ce changement. Ainsi, le langage est bien utilisé pour relier les personnes entre elles, pour qu’elles se comprennent, et sachent vivre ensemble. Sous le même mot, il s’agit de mettre le même sens, la même réalité.

« La communion ecclésiale se construit lorsque les esprits sont à l’unisson dans la même perception du langage », précise Monseigneur Gueneley. La traduction de cette nouvelle Bible, adaptée à la proclamation publique, vise alors une meilleure compréhension orale de la Parole par un large public. Ainsi, par exemple, dans la phrase de Jean 14, 6 « Moi, je suis la Voie, la Vérité et la Vie », certains pourraient entendre l’homonyme « voix », ce qui prête à confusion. Le terme « Chemin » a donc été retenu. Dans Matthieu 7, 24, l’homme prévoyant qui « a bâti sa maison sur le roc » pouvait être entendu comme il « abattit sa maison ». La nouvelle traduction a donc opté pour la phrase « qui a construit sa maison sur le roc ». Si ces adaptations peuvent choquer certaines personnes, il est cependant certain que les richesses de la Bible ne peuvent rester entre les mains d’un petit nombre de privilégiés instruits. Le pape François nous le répète souvent.

 

Modifications dans quelques grands textes

Quelques prières fondatrices pour les catholiques connaissent donc des modifications de langage. Dans le Cantique de Marie, dit Magnificat (Luc 1, 46-55), le mot « amour » est remplacé par « miséricorde » et la parole « race » laisse la place à « descendance ». Les Béatitudes (Luc 6, 20-26) connaissent elles aussi de légers apports. Les « : » n’étant pas perceptibles à l’oreille, ils ont été remplacés par « car » : « heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ». Le mot « malheureux » s’efface devant « quel malheur pour », « soyez heureux » est devenu « tressaillez de joie » et le verbe « repousser » a été remplacé par « exclure ». Quant au Notre Père, c’est à la sixième demande que la modification est intervenue : « ne nous soumets pas à la tentation » devient « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Cependant, rien ne change actuellement pour cette prière. Le changement interviendra lorsque la nouvelle traduction du Missel Romain sera entrée en vigueur, pas avant 2015 donc. Mais n’attendons pas cette date pour vivre pleinement la liturgie, « lieu privilégié de la Parole de Dieu », selon Benoît XVI (Exhortation apostolique Verbum Domini). 

 

« Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés

les textes qu’on lit. (…) Les livres liturgiques seront révisés au plus tôt en faisant appel à des experts et en consultant des évêques de diverses régions du globe (…).

Pour qu’apparaisse clairement l’union intime du rite et de la parole dans la liturgie : dans les célébrations sacrées, on restaurera une lecture de la Sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée. (…)

 Pourvu que soit sauvegardée l’unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions, même lorsqu’on révisera les livres liturgiques. »

Constitution Sacrosanctum Concilium, Concile Vatican II, 1963


Updated on 06 Octobre 2016