Le sport, allié de la foi
Depuis le mois de mars dernier, l’église parisienne de Sainte-Jeanne-de-Chantal, dans le seizième arrondissement, compte une chapelle peut-être unique en son genre : un lieu dédié aux sportifs. Sur une fresque réalisée pour l’occasion, une invocation est inscrite : « Notre-Dame des sportifs, priez pour nous ».
« L’audace de cette chapelle est de rejoindre les sportifs à travers une expérience visuelle et spirituelle proposant de vivre la vie du sportif comme un marathon vers le Ciel », détaille Mgr Emmanuel Gobillard, évêque référent pour le sport au sein de la Conférence des évêques de France.
Si cette inauguration est récente et s’inscrit dans la continuité de l’accueil des Jeux olympiques à Paris en 2024, la préoccupation de l’Église catholique pour le sport n’est pas si récente. Comment ne pas penser en effet aux mots de saint Paul dans sa seconde lettre à Timothée ? « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7). Où à ceux dans sa première lettre aux Corinthiens ? « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix ? Courez donc de manière à le remporter. » (1 Co 9, 24). L’Apôtre des Gentils comparait ainsi son chemin de foi et d’évangélisation à une pratique sportive.
La place du sport à l’ère moderne
Si l’image est si parlante 19 siècles plus tard, c’est qu’avec la modernité, le « temps-libre » et la sédentarité, le sport a pris une place toute particulière à l’ère moderne. La pratique sportive en tant que telle n’est plus réservée aux seuls athlètes mais tout un chacun peut s’adonner à un entraînement physique, allant de la marche à des performances de très haut niveau. Et le mouvement ne semble pas s’arrêter, le marathon étant jusqu’il y a encore peu vu comme l’épreuve reine d’une certaine élite étant désormais presque ringardisé par les trails, des courses de montagne sur des distances longues.
Comme l’expliquait d’ailleurs Léon XIV en mai dans son encyclique Magnifica Humanitas, il est normal que l’Église s’intéresse aux « choses nouvelles » et les analyse comme des signes des temps. Le sport ne fait donc pas exception. Lui-même adepte d’activité physique – en hiver, il n’hésitait pas à s’échapper du Vatican pour descendre quelques pistes de ski – Jean-Paul II ne s’y est pas trompé en évoquant le sujet à plusieurs reprises. Le sport est la joie de la vie, un jeu, une célébration », s’enthousiasmait-il en 1984. En 2000, s’exprimant devant pas moins de 80 000 jeunes athlètes réunis pour le Jubilé dans le stade olympique de Rome. Il déclarait : « Le sport revêt aujourd’hui une grande importance, car il peut favoriser chez les jeunes l’affirmation de valeurs importantes telles que la loyauté, la persévérance, l’amitié, le partage, la solidarité ».
En 2018, le Vatican publiait son premier document d’importance sur la question, coordonné par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie sous le titre « Donner le meilleur de soi-même » – un objectif commun à la vie de foi et à la performance sportive. « Dans une culture dominée par l’individualisme », considère le document, le sport peut ainsi être « un terrain d’entraînement où les vertus de tempérance, d’humilité, de courage, de patience peuvent être intériorisées et appropriées, où il est possible de rencontrer ce qui est beau et bon, où il est possible de témoigner de la joie de vivre ».
Un moyen pour cultivernles vertus
Surtout, pour l’Église catholique – dans la continuité de l’enseignement paulinien – le sport peut être un moyen de cultiver les vertus. C’est ce que Benoît XVI soulignait en 2007 devant des skieurs autrichiens, notant « les vertus et les valeurs qui caractérisent votre sport : la persévérance, la détermination, l’esprit de sacrifice, la discipline intérieure et extérieure, l’attention portée aux autres, le travail d’équipe, la solidarité, la justice, la courtoisie et la reconnaissance de ses propres limites, entre autres ». Pour le pape allemand, « ces mêmes vertus jouent également un rôle important dans la vie quotidienne et doivent être constamment cultivées et mises en pratique (…) au-delà de l’activité sportive, au sein de la famille, de la culture et de la religion ».
Cela est d’autant plus important pour les chrétiens, croyants d’une religion de l’incarnation et d’une résurrection des corps : la foi peut ainsi aussi passer par la dimension corporelle de l’existence. « Le corps, l’esprit et l’âme forment une seule et même unité, et chaque composante doit être en harmonie avec les autres », déclarait ainsi Benoît XVI devant les sportifs autrichiens. Le sport, assurait de son côté le pape François, peut ainsi être un « moyen de sanctification ». « L’effort de se dépasser dans une discipline athlétique [peut] servir aussi de stimulant pour s’améliorer sans cesse en tant que personne, dans tous les aspects de la vie », disait-il ainsi en 2018.
La valeur du sport
Ces développements de la réflexion magistérielle ont abouti à la publication en février dernier d’une lettre du pape Léon XIV sur « la valeur du sport », sous le titre La vie en abondance. « Le sport peut devenir véritablement une école de vie, où l’on apprend que l’abondance ne naît pas de la victoire à tout prix, mais du partage, du respect et de la joie de cheminer ensemble », souligne-t-il dans ce document.
Dans cette veine, le sport possède une vertu presque inégalable aux yeux des pontifes, et particulièrement de Léon XIV : il peut être un lieu de paix. Dans sa lettre, il rappelle ainsi l’existence de la trêve olympique dès l’Antiquité. « L’institution de la trêve découle de la conviction que la participation à des compétitions réglementées constitue un cheminement individuel et collectif vers la vertu et l’excellence », ce qui fait de cette trêve, « un symbole et une prophétie d’un monde réconcilié ». À l’image de celle-ci, comment ne pas penser aux matchs de football qui se sont déroulés entre les Tranchées au soir de Noël durant la Première Guerre mondiale, rappelant la vocation de tous à la réconciliation ? Pour le pape nord-américain qui ne cesse d’exhorter une humanité toujours plus au bord du précipice à une « paix désarmée et désarmante », le sport est un allié privilégié et universel. ■
Les photos qui illustrent cet article ainsi que celles qui paraissent en couverture et en p.3 nous ont été gracieusement offertes par Holy Games - www.holygames.fr