L’Église et l’écologie intégrale, main dans la main

Alors que la Semaine européenne du développement durable démarre ce 18 septembre, Le Messager a souhaité mettre en lumière les enjeux du respect de la Création.
06 Septembre 2026 | par

« L’amour de la Terre se traduit dans toute notre vie, par un amour de toutes les dimensions de la Création et un amour de l’Homme », confie une religieuse cistercienne. À ses yeux, une gestion économe est le signe d’une « reconnaissance des dons de Dieu » et prolonge toute une « cohérence de vie ». Pour de nombreuses communautés religieuses qui vivent du travail de la terre, respecter la Création est une évidence. Cela rejoint un souci écologique, ressenti par l’Église depuis des siècles mais qui s’est précisé depuis un demi-siècle. 

Depuis Paul VI
En effet, l’Église s’est intéressée à la question écologique dès les années 1970. Dès 1971, le pape Paul VI se saisit du sujet devant la Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). « C’est la première fois que le Magistère de l’Église prend à bras-le-corps cette question », précise le père Olric de Gélis, co-auteur de La Terre céleste, comment la Bible parle de la nature. Pour Paul VI, s’il faut se réjouir de l’augmentation des capacités de production alimentaire, il faut faire attention aux impacts environnementaux. Dans le sillage de ce pape, Jean-Paul II et Benoît XVI ont également pris la parole sur la crise environnementale. Cette longue réflexion des papes a été couronnée par le pape François avec son encyclique Laudato si’, en 2015 puis son exhortation apostolique Laudate Deum en 2023. Aux yeux du père de Gélis, une idée demeure dans tous ces textes : « la question environnementale est d’emblée intégrée à celle de la justice sociale, et à l’option préférentielle pour les pauvres. C’est par cette “porte” que l’Église s’est sentie conduite à prendre la parole sur l’écologie ». 
Le 1er septembre 2025, Léon XIV, pour la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, a lancé : « Il semble qu’il n’y ait toujours pas de prise de conscience que la destruction de la nature ne touche pas tout le monde de la même manière : bafouer la justice et la paix signifie frapper davantage les plus pauvres, les marginalisés, les exclus ».

Liés les uns aux autres
Reconnaître la fragilité du vivant et de la planète permet d’entendre que le cri des pauvres et de la terre n’en forment qu’un seul. L’écologie intégrale nous donne de voir que nous sommes tous liés les uns aux autres, à la Création et à Dieu. « Laisser jaillir toutes les conséquences de notre rencontre avec Jésus Christ sur les relations avec le monde qui [nous] entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne », peut-on lire dans Laudato si’ (LS 217). C’est ainsi que le jour du sabbat permet d’accepter nos limites, de renoncer à la toute-puissance et de laisser la Création respirer. Dans le chapitre 23 de l’Exode, la notion du repos de la terre s’exprime ainsi : « Pendant six ans tu ensemenceras ta terre… mais la septième année, tu la laisseras en repos ». Ces gestes concrets de limitation de son travail et de son rythme de vie permettent de reconnaître que nous sommes des créatures limitées et retrouver notre juste place dans la Création.

Préserver la terre
Le 29 mai 2024, les co-présidents des Communautés Église verte, Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, le pasteur Krieger, président de la fédération protestante de France, et le métropolite Dimitrios, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, ont délivré ce message : « La vie sur Terre est une bénédiction et montre l’amour de Dieu : agir pour la préserver est une façon d’aimer son prochain et d’agir pour la justice. Les actions que vous, les communautés labellisées, entreprenez sont autant de manières contemporaines de répondre au message du Christ, de garder ses commandements ». Puis le 21 mai 2025, ils ont loué les démarches Église verte comme étant de « puissants signes de vie ». Le but du label Église verte est de diminuer l’empreinte de l’homme sur la Terre ainsi que de sensibiliser et former les paroissiens. Environ 120 paroisses adhéreraient à ce dispositif chaque année. La paroisse Saint-Eustache (Paris), a rejoint le mouvement en 2022, année de grande sécheresse en France pour « coller au mieux à l’encyclique Laudato si’ », selon l’un des membres du groupe. Dans une optique d’économie d’énergie, cette paroisse cherche à diminuer les domaines les plus émetteurs. Une réflexion est notamment menée sur la façon de remplacer les actuelles chaudières. À Lyon, il y a plusieurs mois, les salariés du diocèse se sont vu offrir des polaires afin de diminuer la température au bureau. Les diocèses et les paroisses mettent en place, chacun à leur mesure, des actions concrètes pour vivre plus sobrement et sont conscients qu’une partie de la sensibilisation de l’Église passe par la pastorale des enfants et des jeunes. Pour un chrétien, garder avec amour ce que Dieu a donné semble naturel. Mais pour ceux qui ne croient pas en Dieu, l’Église doit trouver un terrain pour faire comprendre l’écologie intégrale. Cette recherche se retrouve dans de nombreux collectifs notamment Lutte et contemplation, né en 2022, qui souhaite porter une voix chrétienne dans les luttes écologiques et sociales actuelles. Ce groupe de prière et de mobilisation a pris son nom du titre d’un livre du fondateur de la communauté de Taizé, le frère Roger. Les nombreux défis liés à la défense de l’environnement et des pauvres rejoignent ceux de l’homme face à l’IA, explique Léon XIV, dans son encyclique Magnifica humanitas. Au-delà d’une simple lutte face aux puissants de ce monde, c’est un défi de préservation de la Création et de la dignité de l’homme que propose le pape américain.

Updated on 06 Septembre 2026
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