Méditation : laïque ou chrétienne ?

les propositions de méditation semblent de plus en plus en vogue. Mais, bien loin de la pratique chrétienne consistant à réfléchir en silence sur un passage biblique, ces méditations visent plutôt un recentrement sur soi.
08 Février 2026 | par

C’est l’une des applications les plus populaires sur les boutiques de téléphones intelligents : Petit Bambou. Sa promesse ? « Aider chaque personne à cultiver plus de présence au quotidien, à se connecter à elle-même et aux personnes qui l’entourent. » Et pour cela, une méthode : la méditation. « Nos séances de méditation guidée et de respiration vous permettent d’agir sur votre bien-être et votre équilibre mental », assurent les promoteurs de l’application.
Comme Petit Bambou, de nombreuses applications proposent des expériences basées sur la méditation. Longtemps réservée au champ religieux, celle-ci semble désormais envahir des domaines éloignés de toute question spirituelle. L’Université Laval au Canada, par exemple, exhorte ses étudiants à y recourir : « Un petit cinq minutes entre deux cours pour se recentrer peut faire une grande différence. Arrêtez-vous et concentrez-vous simplement sur votre respiration. C’est tout ! », annonce-t-elle.
Non religieuse, cette méditation est dite de « pleine conscience », c’est-à-dire, explique l’université canadienne, qu’elle « consiste à porter attention au moment présent, aux pensées, aux émotions, aux sensations physiques et à l’environnement, de façon délibérée et sans porter de jugement ou poser d’étiquettes (par exemple : « cette émotion est incorrecte » ou « cette sensation est indésirable »). Il s’agit d’être pleinement en contact avec l’instant présent plutôt que de revivre le passé ou d’anticiper le futur. » Si l’application Petit Bambou, ainsi que l’Université Laval assurent que cette méditation est « laïque », elle n’en demeure pas moins d’origine religieuse, venant des principes du bouddhisme.

Du dialogue au monologue
Comme le rappelle le diocèse de Lausanne, Fribourg et Genève (Suisse), « l’Église catholique romaine n’a pas attendu la découverte des civilisations d’Asie et l’exportation vers l’Occident de leurs pratiques pour s’adonner à la méditation ». Et cette pratique n’est pas forcément si éloignée de sa sœur orientale puisqu’elle aussi demande de « se libérer des contraintes matérielles ». Mais si la forme – le calme et la « coupure » du monde – les rapproche, elles s’éloignent rapidement. Tout d’abord parce que la méditation chrétienne se fait le plus souvent à partir d’un passage des Écritures.
« La méditation est l’investigation soigneuse, à l’aide de la raison, d’une vérité cachée », détaillait un moine chartreux au XIIe siècle. « Que fait alors la méditation attentive ? Il ne lui suffit pas de s’approcher : elle pénètre le texte, elle va au fond, elle en scrute les recoins cachés. » Ainsi, comme le rappelle le diocèse suisse, « la méditation chrétienne, c’est la prière contemplative, une prière du silence qui permet de créer un contact avec Dieu ». Les deux formes de méditation – pleine conscience et chrétienne – ont donc un objectif très différent, voire opposé : la première est un recentrement sur soi, la seconde une entrée en relation avec Dieu, celui qui est tout autre.
Avec des visées aussi diamétralement opposées, les deux formes sont-elles compatibles ? Interrogé par une revue d’évangélisation, le frère carme Baptiste Sauvage semble répondre que non, puisqu’il s’agirait en réalité d’un passage du « dialogue au monologue ». Et pour lui, les effets apaisants de la méditation de pleine conscience ne seraient pas aussi positifs qu’ils pourraient le sembler de prime abord : « Nos émotions sont bonnes ! », arguait-il. « Si j’enfouis mes émotions ou les regarde comme mensongères, je vais me couper du monde extérieur et de la possibilité d’entrer en relation. Je me sentirai mieux sur le moment, mais de plus en plus seul. Ma vie perdra de plus en plus son sens et sa saveur. » Ainsi, sans même parler de risques de dérives syncrétiques, le religieux carme n’est pas friand de la pratique méditative d’origine orientale…

S’ouvrir aux autres
Jésuite japonais, Toshihiro Yanagida est d’un avis tout autre puisqu’il a lui-même développé une méditation de pleine conscience chrétienne. « Le cœur de cette méditation est d’être conscient de l’ici et maintenant, tel qu’il est, sans jugement », détaille-t-il sur le site de son ordre : « Nous acceptons nos sensations, nos émotions et nos pensées telles qu’elles sont, même si elles sont très négatives ».
« D’abord, nous méditons sur les sensations, puis sur les émotions et sur les pensées. Voici une liste de méditations : la méditation sur la respiration par le ventre et par le nez, l’exploration du corps, la méditation sur le mouvement des mains, sur le mouvement des doigts, la méditation sur notre manière de marcher, d’écouter, de regarder, de manger, la méditation pour apaiser les sentiments violents, pour être conscients des pensées telles qu’elles sont et la méditation pour l’agapè envers soi-même et envers les autres. » Pour lui, pas de doute : « Cette conscience libérée de tout jugement peut également encourager un esprit d’agapè, d’amour inconditionnel ; celui que Jésus nous a enseigné. »
Alors, la méditation de pleine conscience est-elle une aide à la vie chrétienne ou un recentrement démesuré sur soi-même ? Prêtre du diocèse de Paris, le père Pascal Ide considère que « bien comprise et bien pratiquée, la pleine conscience est compatible avec la foi chrétienne ». Il y a même consacré un ouvrage : Méditer en pleine conscience. L’art de la réceptivité (Éditions de l’Emmanuel). En permettant la connaissance de soi, la pratique d’inspiration orientale permet de mieux s’ouvrir aux autres, affirme-t-il. Et en offrant une déconnexion de la frénésie du quotidien, elle aide à redécouvrir la vie intérieure et à se mettre dans une attitude propice à l’oraison. Le Christ ne demandait-il pas : « Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » (Matthieu 6, 6) ?

Updated on 08 Février 2026
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