Solidarité à haute altitude
Le volcan Cayambe domine comme un géant de glace tout le canton de la province de Pichincha. Ses 5 790 mètres d’altitude font pâlir les 2 850 mètres d’altitude de la ville du même nom, Cayambe, qui se trouve à ses pieds. Quito, la capitale de l’Équateur, est à 80 kilomètres, au sud-ouest.
Cependant, ni la distance ni l’altitude n’ont empêché la Caritas Saint-Antoine d’arriver jusqu’ici pour un projet destiné aux mères célibataires et à leurs enfants, grâce à l’engagement d’une missionnaire Fidei donum, Daniela Andrisano, présente en Équateur depuis de nombreuses années. Et grâce aussi à Don Tonino Bello et à un frère franciscain conventuel, liés par l’un de ces hasards improbables que les personnes de foi appellent « Providence ».
Le choix missionnaire de Daniela
Au début, Daniela elle-même ne savait qu’elle allait arriver à Cayambe, ou plutôt à Ayora, une paroisse rurale du canton de Cayambe, à quelques kilomètres du centre habité, composée de dix-huit communautés indigènes de langue quechua. « La première fois que je suis venue en Équateur, j’avais 25 ans, raconte-t-elle. J’ai grandi dans les Pouilles, et mon père ne pouvait pas payer mes études, alors les sœurs de mon village m’ont d’abord envoyée étudier à Florence, puis travailler à Rome, où j’ai rencontré les Comboniens ». La mission est une révélation, alimentée également par une Église en pleine effervescence, quelques années après le Concile Vatican II : « J’ai été conquise par l’option des pauvres, le choix de l’Église d’être toujours et en tout cas du côté des plus démunis de la Planète ». Daniela entre d’abord en contact avec Don Tonino Bello, puis avec la Caritas italienne qui, à l’époque, faisait ses premiers pas avec des prêtres de l’envergure de Giovanni Nervo ou Giuseppe Benvegnù-Pasini. « Bref, pleine d’enthousiasme, je suis partie de Gênes en 1976 avec six autres volontaires pour l’avant-dernier voyage de ce bateau qui emmenait des migrants en Amérique latine : Venezuela, Panama, Colombie. Vingt-deux jours dont je me souviens encore avec émerveillement ». Daniela part travailler dans une mission sur la côte, toujours en faveur des femmes et des enfants :
« Je devais y rester quelques années, j’y suis restée 10 ans. À mon retour, je savais que ce serait ma vie ». Un choix missionnaire qui se renforce d’abord en Italie, en allant travailler à la Caritas diocésaine de Trévise, où œuvrent de grandes figures sacerdotales, certaines étant elles-mêmes missionnaires, comme Don Giuliano Vallotto, Don Claudio Miglioranza, Don Franco Marton, Don Fernando Pavanello. Mais c’est un franciscain des frères de la basilique Saint-Antoine, devenu évêque de Trévise, le père Gianfranco Agostino Gardin, qui a exaucé son souhait de retourner en Équateur, en tant que Fidei donum. Une fois sa retraite d’enseignant obtenue, en 2012, Daniela repart pour ce pays de l’Amérique latine avec une mission qui se déroule dans l’arrière-pays, sous le grand volcan, auprès des plus pauvres des pauvres, les mères seules avec leurs enfants.
Auprès des familles monoparentales
« J’étais déjà allée à Cayambe lors de ma première mission et je connaissais le travail accompli par certaines religieuses auprès des familles mono-
parentales. Mais cette fois-ci, tout avait changé : la verdure immaculée qui caractérisait la paroisse d’Ayora avait cédé la place à une mer infinie de serres en plastique destinées à la culture de fleurs très demandées à l’étranger, comme la rose d’altitude. Cela avait créé des emplois, y compris pour les Indios, mais ces emplois étaient précaires, avec beaucoup de pollution, et pour corollaire toute une série de maladies. Le processus rapide d’industrialisation avait également aggravé le phénomène des familles désagrégées, déjà très répandu dans la région : « Les femmes qui travaillaient, souvent par nécessité parce qu’elles étaient chefs de famille, ne parvenaient pas à s’occuper correctement de leurs enfants, qui restaient seuls toute la journée, souffraient de graves carences alimentaires, de solitude et de dépendance aux écrans. Les cas de violences familiales se multipliaient également. Les hommes cédaient encore plus facilement à la tentation d’autres relations au travail, abandonnant à leur tour leurs femmes et leurs enfants ». Pour aider surtout les plus petits, une organisation laïque voit donc le jour au sein de la paroisse, la Fondation Arcàngel, dont Daniela est aujourd’hui la présidente, la première fondation dans cette région. « L’industrialisation a éliminé la misère, mais elle a rendu la pauvreté endémique, surtout chez les mères célibataires avec trois enfants ou plus. On essaie d’aider les familles les plus pauvres avec des aides matérielles, mais en réalité, le travail va du conseil à la formation sur les droits, mais surtout à la prise en charge des enfants. »
Un lieu de résilience
La nécessité de consacrer un espace adéquat aux soins et au bien-être des plus petits a conduit Daniela à imaginer un bâtiment spécial, avec une cuisine, un réfectoire, des salles pour les activités et les cours après l’école, une salle polyvalente, des bureaux et un petit appartement pour les bénévoles. « Tout cela était très beau sur le papier, se souvient Daniela, mais je n’avais pas un centime. Je me suis dit “Si c’est l’œuvre de Dieu, cela fleurira ». C’était manifestement le cas, car les dons pour ce projet se sont vite succédé : 10 000 euros de Mgr Gardin pour l’achat du terrain, 50 000 euros d’une amie qui avait reçu un héritage, 30 000 euros de son frère en remboursement d’un ancien prêt. Daniela avait jeté la pierre et Dieu, à ce stade, avait répondu. Elle commence alors à construire la maison des enfants, exactement comme elle l’avait rêvée. Le premier étage est terminé et le deuxième est en cours de construction. Il y a urgence : les enfants en ont vraiment besoin, alors Daniela envisage d’utiliser l’espace déjà construit. Il ne manque plus que le carrelage, quelques sanitaires pour les salles de bain, et surtout les meubles et les équipements professionnels pour la cuisine. C’est alors que Daniela repense à ce que lui avait dit le père Gardin, l’évêque, décédé en juin 2024 : « Adressez-vous à la Caritas Saint-Antoine si vous avez besoin d’aide ». La demande est arrivée en novembre 2024 pour un montant total de 14 000 euros, et les travaux se sont achevés en juin 2025.
« Grâce à vous aussi – écrit Daniela–, nous accueillons aujourd’hui 56 enfants, nous leur donnons un bon repas, nous surveillons leur santé physique et mentale, nous les aidons à faire leurs devoirs, nous leur assurons un endroit sûr où ils peuvent jouer, être avec les autres et se sentir aimés. Leurs mères sont vraiment reconnaissantes. Tous m’enseignent chaque jour le courage, la résilience, la capacité d’écouter et d’entrer en relation, la force d’une foi simple et intense. Je sens que ce sont mes proches ».