Une maison pour les enfants des rues de Kinshasa

Les religieux de la congrégation des Serviteurs de la Charité de Kinshasa ont trouvé un moyen de prendre en charge 3 500 mineurs abandonnés. Voici comment nous les avons aidés grâce à votre contribution.
20 Septembre 2026 | par

Éric ne connaît pas son âge. « Ma tante paternelle m’a dit que j’ai le même âge que mon cousin, qui a actuellement 12 ans », explique-t-il. En calculant à la louche, il vit dans les rues de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, depuis l’âge de 8 ans : « J’étais en CE1 », précise-t-il. Un destin qu’Éric partage avec des milliers d’enfants et d’adolescents des rues : « Il est difficile de les compter », affirme le père Cédrick Lokange, religieux de la congrégation des Serviteurs de la Charité et référent à Kinshasa pour un projet soutenu par la Caritas Saint-Antoine en faveur de ces jeunes, entre 2025 et 2026. Le dernier recensement, effectué par l’Unicef en 2006, avait calculé plus de 13 000 mineurs en situation d’abandon dans la mégalopole, mais aujourd’hui, certaines ONG parlent de 20 000, voire de 40 000 enfants et adolescents des rues sur une population de 17 millions d’habitants.

Les contradictions du pays
La République démocratique du Congo incarne les contradictions de nombreux pays africains : riche en ressources, elle compte l’une des populations les plus jeunes au monde (avec une moyenne d’âge d’environ 17 ans), mais elle est meurtrie par de longues et violentes guerres, qui persistent en coulisses même après la signature des accords de paix. Des guerres dues à des conflits ethniques et à des ingérences étrangères visant précisément à contrôler des minerais stratégiques comme le coltan, et qui causent des millions de déplacés à l’intérieur du pays. Il en résulte une pauvreté abyssale, qui contraint 70 % (Oxfam) de la population à vivre avec moins de 2 euros par jour. Une pauvreté qui se transforme aujourd’hui en crise sanitaire mondiale, avec des foyers d’Ébola difficiles à endiguer pour un pays pauvre et beaucoup moins soutenu par la coopération internationale, surtout depuis les coupes budgétaires de l’USAID, l’agence américaine pour le développement.
Et c’est précisément la pauvreté – qui engendre souvent la dégradation et l’ignorance – la première cause du phénomène des enfants des rues. L’histoire d’Éric le confirme : « Ma sœur et moi vivions avec notre père après sa séparation d’avec ma mère. Lorsque sa nouvelle femme est venue vivre avec nous, notre calvaire a commencé. Je me suis enfui de chez moi après avoir volé de la nourriture pour la donner à ma sœur. La femme de mon père la forçait à souffrir de la faim parce que, à son avis, ma sœur ne travaillait pas assez. Je n’en pouvais plus. Quand elle m’a surpris avec la nourriture, elle m’a donné une gifle violente. À son retour, mon père a enfoncé le clou. Le lendemain, je lui ai volé de l’argent et je me suis retrouvé à la rue. Il ne veut pas que je revienne, et je ne sais pas où est ma mère. »

Protection des enfants des rues
La vie dans la rue est un véritable enfer : « Ces enfants sont victimes d’abus de toutes sortes, ils vivent dans un danger constant pour leur vie, tant à cause de la violence que des maladies. Certains ont 5 ou 6 ans, beaucoup volent ou se prostituent pour survivre, et beaucoup se droguent pour surmonter leur sentiment d’abandon et leur méfiance envers les êtres humains ». Tenter de les ramener à la vie est très difficile, mais c’est justement le charisme des Serviteurs de la Charité qui accorde une attention particulière aux enfants abandonnés. La congrégation des Serviteurs de la Charité – Œuvre Don Guanella est présente en République démocratique du Congo depuis 1996. L’engagement des religieux dans la capitale se concentre précisément sur les garçons et les filles des rues, grâce au réseau OSEPER, qui signifie « Œuvre de soutien éducatif et de protection des enfants des rues ».
Les religieux de cette congrégation constituent en effet l’une des rares structures de Kinshasa à avoir mis au point une méthode spécialement conçue pour prendre en charge ces jeunes. 

Une relation de confiance
« La première prise de contact s’effectue par le biais d’une unité mobile, composée d’un médecin et d’éducateurs, qui se rendent dans les lieux fréquentés par les enfants des rues, notamment à proximité des marchés. Ils cherchent à établir un contact pour pouvoir ensuite leur prodiguer les premiers soins et les protéger autant que possible. » Peu à peu, les éducateurs parviennent à établir une relation de confiance avec certains d’entre eux, en les convainquant de fréquenter « Point d’eau », un centre d’accueil ouvert, où les enfants vont et viennent à leur guise et où ils trouvent un endroit sûr pour dormir, de la nourriture et des services essentiels. C’est là que commence une relation plus structurée avec les religieux : « La première chose que nous essayons de faire – poursuit le père Cédrick – est de réunir les jeunes avec leurs familles, éventuellement en accompagnant leur réinsertion et en les aidant à payer les frais de scolarité. L’autre grand changement, en effet, consiste à les faire retourner à l’école ou, s’ils sont désormais trop âgés, à leur donner la possibilité de fréquenter notre centre de formation professionnelle, où ils peuvent devenir menuisiers, boulangers ou tailleurs ».
Un parcours loin d’être facile : « L’enfant des rues se méfie, il n’a pas de règles, il a tendance à retomber », explique le religieux. Pour ceux qui souhaitent poursuivre ce parcours, mais qui n’ont plus de contacts avec leur famille ou dont la relation est trop compromise, l’autre option consiste à intégrer des centres des Serviteurs de la Charité, situés dans différents quartiers. L’un de ces centres est dédié aux jeunes souffrant d’un handicap mental, autre cause d’abandon pour de nombreux enfants. Quant aux plus âgés, un parcours vers l’autonomie leur est proposé. « Nous ne parvenons pas à prendre tout le monde en charge », regrette le père Cédrick. « Cependant, nous accompagnons environ 3 500 garçons et filles, grâce surtout à la générosité de nombreuses personnes. »

Un nouveau centre d’accueil
Le contact avec la Caritas Saint-Antoine a eu lieu en novembre 2025 : « Il fallait un nouveau centre d’accueil à Lemba, pour les plus jeunes, les enfants âgés de 6 à 12 ans. Nous disposions d’un terrain et, au prix de nombreux efforts, nous avons construit un bâtiment pouvant accueillir 150 enfants. Nous avons commencé en 2022, mais nous n’avons achevé les travaux qu’en 2025. À ce moment-là, nous n’avions plus les moyens d’acheter le mobilier, nous nous sommes donc adressés à la Caritas Saint-Antoine ». Il fallait du mobilier pour la cuisine, 2 congélateurs, 2 réfrigérateurs, 2 téléviseurs, 70 lits superposés, 35 armoires, des tables de chevet, 10 tables pour la cantine, 100 chaises, des serviettes, des draps… pour un montant total de 40 000 euros.
Entrer dans cette si belle maison, avoir un lit seulement pour eux et leur propre table de chevet a été pour ces enfants un avant-goût de dignité, le signe concret que le monde peut être différent, plus léger, plus humain. 
C’est Alex, 10 ans, qui exprime cette joie en parlant comme un grand : « La vie dans la rue est un cauchemar, je ne sais même pas combien de temps j’y suis resté. Je me souviens de la violence des adultes, des coupures aux lames de rasoir, des jets d’urine. C’était horrible. Mais maintenant, je suis ici. Et je vous dis que Dieu existe et qu’il est bon. Et que ce centre est une bénédiction. Je ne sais pas si mes amis de la rue sont encore en vie… mais maintenant, je sais que Dieu est bon. Chaque jour, des hommes et des femmes viennent ici pour nous donner quelque chose. Les prêtres ont tout reçu gratuitement pour nous ! Cela me touche profondément. J’espère que le Seigneur insufflera cet amour en moi aussi. La charité nous a sauvés. »

Updated on 20 Septembre 2026
Laissez un commentaire