Téléphones : un défi d’éducation majeur

Cette année scolaire a démarré avec une nouvelle règle dans les collèges et lycées français : l’interdiction des téléphones portables. Une mesure qui vise à relever un grand défi : apprendre à se passer des écrans dans une société qui en est saturée.
08 Novembre 2026 | par

« Aucun argument sérieux ne permet de soutenir qu’un téléphone soit indispensable en cours, quand les écrans fragmentent l’attention, perturbent le sommeil et appauvrissent les relations sociales. » Ces mots sont ceux du Ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, prononcés le 25 août dernier. Ces trois arguments semblent fondamentaux pour justifier l’interdiction des téléphones depuis la rentrée. Ils méritent une attention accrue et l’on peut espérer que cette interdiction réveille la vivacité des lycéens. Depuis 2018 pour le collège, le portable était déjà interdit dans les salles de classe. Ce qui s’ajoute en cette rentrée, c’est son interdiction officielle pour le collège et le lycée dans les couloirs, la récréation et les lieux de restauration. Avant cette règle, les professeurs redoutaient également ceux qui utilisaient l’intelligence artificielle en cours, cachaient leur téléphone sous les tables, etc. Les professeurs vont avoir le défi de mettre l’immédiateté, reine dans notre société, sous le tapis, et réveiller la patience, l’écoute, l’attention.

Rivés à nos téléphones
En famille, avec ses amis et ses camarades de classe, il est plus agréable pour tous d’éviter de regarder son téléphone. Lorsqu’on se réunit, il est important de dialoguer, converser, être ensemble et plus indépendant de cette technologie. Léon XIV n’hésite pas à évoquer l’« addiction que les applications de nos téléphones portables instaurent délibérément ». Le problème des téléphones, ce sont les conséquences qui en découlent. Ségolène, une mère de famille d’adolescents, constate que ses enfants deviennent « dépendants des sensations plutôt agréables procurées par la dopamine des applis et supportent plus difficilement les difficultés du quotidien ». « Leur personnalité peut même parfois en être altérée », déplore-t-elle. Selon elle, les parents ne peuvent pas laisser leurs enfants faire tout ce qui leur « procure du plaisir ». Ainsi, cette norme de l’interdiction des téléphones au lycée la soulage et elle n’y voit que des côtés positifs. En rencontrant des jeunes du camp d’été 2026 organisé par le Vatican, Léon XIV a confié que lorsque nous sommes ensemble, « nous sommes heureux de ne pas être constamment rivés à nos appareils ». Pour le Pape, « il est essentiel de nouer des amitiés, de se rencontrer, de jouer ensemble, voire d’étudier ensemble, en tant que personnes, et non comme des ordinateurs ou des machines, des techno-robots ». « Nous sommes des êtres humains, poursuit-il, des personnes, et le contact avec les autres est très important. » Même s'il s'agit d'une évidence, cela ne l’est manifestement plus dans notre quotidien chargé d’écrans et de notifications incessantes. 

Plus de temps avec les personnes
« Combien j’aimerais que nous regardions moins les écrans et que nous nous regardions davantage dans les yeux ! », a confié le Pape en avril dernier. Ce souhait prouve à quel point nous sommes accros à ce moyen de communication de la taille d’une main. Et de préciser : « Si nous passons plus de temps avec nos téléphones portables qu’avec les personnes, c’est que quelque chose ne va pas ». Le temps et la présence à l’autre sont ce que nous avons de plus cher et nous l’aurions oublié. Déjà le pape François, face aux jeunes de l’Action catholique italienne, avait prévenu du risque de passer ses journées à regarder l’écran d’un téléphone portable. Il avait, lui aussi, assuré que nos yeux n’étaient pas faits pour « regarder vers le bas un monde virtuel que nous tenons entre nos mains, mais pour lever le regard vers le ciel, vers Dieu, et pour regarder dans les yeux ceux qui vivent à côté de nous ». Notre disponibilité envers ceux que nous rencontrons quotidiennement, à commencer par l’école pour les plus jeunes, est la preuve que nous nous intéressons à eux et que nous respectons ce qu’ils nous disent. Un jeune avec son écran de téléphone à côté de lui ne pourra pas écouter ce que dit son professeur. Une personne sur son écran s’isole et rend difficile toute interaction sociale. Une surexposition à nos téléphones « finit par perturber aussi les modèles de repos, de silence et de réflexion nécessaires à un développement humain sain », avait prévenu Benoît XVI. 

Une connexion favorisée
Pour Christophe, père de famille de grands adolescents, muni d’un téléphone portable dernier cri, la technologie et le développement de ces smartphones sont bien « le fruit d’une intelligence qui nous a été donnée par Dieu ». Mais il reconnaît qu’un usage contrôlé et responsable est nécessaire et se dit aussi rassuré de la nouvelle règle mise en place depuis la rentrée scolaire. Il aime voir les opportunités qu’offrent ces mini-ordinateurs de poche qui nous servent à bien davantage qu’un simple appel téléphonique. Les smartphones sont à ses yeux un moyen de « communication quasiment sans fin » et un espace de liberté d’expression. Christophe aime être actif sur les réseaux sociaux et a toujours en tête son désir d’évangéliser ceux qu’il rencontre sur ce lieu virtuel. Dans son Message pour la 43e Journée mondiale des communications sociales, Benoît XVI avait loué la « multiplicité de canaux à travers lesquels il est possible d’envoyer, de manière instantanée, des mots et des images aux angles les plus éloignés et les plus isolés du monde ». Il y voyait « une possibilité qui, pour les générations précédentes, était impensable. Les jeunes, en particulier, ont compris l’énorme capacité des nouveaux médias de favoriser la connexion ». Les lycéens devront ainsi changer leurs habitudes et suivre leurs cours sans avoir la tentation d’être happé par le monde virtuel.

Updated on 08 Novembre 2026
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